jeudi 16 juillet 2009

JADIS ET NAGUERE - 1998



Pochette du CD « Jadis et naguère ». Paroles retranscrites avec l’aide de nseo.com/manset/.

Jadis et naguère
L’amour aveugle
Vahiné ma soeur
A quoi sert le passé ?
Oraison
Comme le buvard boit l’encre
Quand il était gosse

Après quatre ans de silence, ce disque est plutôt décevant pour tous ceux qui attendaient le nouvel album de l'artiste – paroles et musiques sont dépourvues de leur habituelle flamboyance. Un titre cependant, "Vahiné ma sœur", inspiré de Gauguin, parvient à sauver l'ensemble : entre psaume et symphonie, le titre envoûte avec ses arrangements répétitifs de cordes et ses paroles fortes ("Vahiné ma sœur / La vie n'a pas plus d'épaisseur / Que la feuille de l'arbre / Que le plus froid des marbres").

Christophe Dufeu


Manset est irréductiblement fidèle à lui-même. Petite planète n'obéissant qu'à ses propres lois, suivant sa trajectoire solitaire, envoyant d'une voix aigrelette des signaux plaintifs, pratiquant une musique des sphères à base d'austère lyrisme rock, de guitares monocordes, si l'on ose dire, et de nappes de synthé désuètes. Rare ténacité qui lui vaut depuis belle lurette de figurer dans les rangs clairsemés des artistes cultes français.

La foi du charbonnier n'est pas pour autant de rigueur. A force de passer et repasser son dernier disque sur la platine, il faut bien finir par le dire : Jadis et naguère (titre emprunté à un poème de Verlaine) est un des ouvrages les plus casse-pieds du locataire de L'Atelier du crabe. Manset ne cesse d'y gémir sur un hypothétique paradis perdu dont il se fait une conception assez particulière : "L'homme était guerrier/La femme était mère." Ben voyons. Tout ou presque relève du même rousseauisme gnangnan, de la sirupeuse Vahiné ma soeur à une Oraison bien-pensante : "La nature est amour." Tu parles ! Comme dit le cher Woody dans sa célèbre exégèse biblique, le loup et l'agneau partageront la même couche, mais l'agneau ne dormira pas beaucoup... Manset devrait fréquenter un peu le philosophe Allen. Un peu d'humour ne messiérait pas à son hypnotique lamento. Un peu de vitamine C ne ferait pas non plus de mal à sa musique.

Anne-Marie Paquotte
Télérama, semaine du 9 au 15 janvier 1999


"Ici, la condition s'élève, l'homme retrouve sa racine, celle du rêve. Encore faut-il ne pas se réveiller."
Gérard Manset

Au mur derrière les banquettes, coffré de bois blond, sont des panneaux de marqueterie représentant des scènes de la vie à la ferme en Alsace. Manset d'un coup réjoui, dans ce QG de Bashung ou Pierre Schott, s'aperçoit qu'il reconnaît les tableaux pittoresques, pour les avoir vus enfant, lorsqu'ils venaient là le dimanche, de Saint-Cloud, jadis... C'était rituellement la séance au Rex, sur les boulevards, puis la brasserie Jenny. L'histoire ne dit pas le menu de ces dîners en famille, mais on jurerait que tout le monde prenait la "choucroute paysanne" - naguère comme aujourd'hui.

En tout cas, c'est comme si l'on voyait ensemble dans un sourire sans âge de 54 ans émacié et rond, Manset père et Manset enfant. Dans ses rêves "enchanteurs", pleins de "fruits toujours mûrs", de "couleurs chatoyantes", de "cours d'eau" clairs et de sauvageonnes idylliques, Gérard Manset a 6 ans. "En forme" là, il se réveille ici-bas dans un corps vieux, peinant à reprendre pied dans le présent. C'est dans ces songes "fabuleux" que l'exalté de la Muette, tel un Kafka
ravi, Polycrate antique inquiet de son bonheur ou Peter Ibbetson, puise littéralement ses chansons, comme une source de jouvence intarissable. Cette nuit, a ainsi surgi O rivières je vous vois; une autre nuit ç'aurait été Légende ou Poney blanc, blanc poney.
Plus récemment, la veille d'un rendez-vous autour d'une commande pour Birkin, le morceau de la situation Si tout était faux et Voyage au bout de la nuit à suivre : "Ce sont nos amants, nos amis / Qui s'avancent du fond des nuits." Le surlendemain encore, suivront, entre été et Octobre ("Lorsque revient novembre et son froid têtu", dans un listing sans fond d'"Aveugles"ou d'"anges", "vizir" et "vétérans d'Asie" les toutes nouvelles entrées du "petit-déj'": Quand on voit les visages, ou bien Avec des yeux d'enfant. Et ainsi de suite.

Genèse de Jadis et naguère ?
Il y a quatre ans entre la Vallée de la paix et Jadis ; ce qui ne signifie pas que j'aie pris ce temps à réaliser Jadis. Depuis trente ans j'accumule des titres, parfois j'en glisse dans un album; comme Deux Voiles blanches ou Terre endormie en leur temps. Dans le contexte de Jadis, j'ai repris mes K7 et entamé une série de titres. Entre les rythmiques, les enregistrements et les trafics, ça s'échelonne sur trois mois. Une seconde série de titres, encore sur trois mois. Et puis les cordes, les voix, les remix. Et finalement, l'année dernière, un dernier titre absolument nouveau que j'ai eu toutes les peines à intégrer et finalement viré la veille de la fabrication. En comptant bien, ça fait deux ans que Jadis est terminé.

Pourquoi avoir attendu ?
Parce que je fais de la rétention. Je pense d'ailleurs n'avoir jamais assez de ce qu'il me reste de vie probable pour tout mettre en oeuvre. Je suis ballotté entre la répugnance à
participer à cette course médiatique qui pilonne par le bas et la pulsion à évacuer les chapelets difformes et gracieux de cette poésie qui est mon fond de commerce.

Voyages effectués sur la durée ?
Moins qu'avant, la machine se grippe. On citera Cuba et Saint-Domingue (épisode terminé depuis trois ans pour Cuba et deux pour Saint-Domingue); le Nordeste brésilien (Recife, Fortaleza...); l'Asie (Cambodge, Birmanie, Népal, entrecoupés de Siam nostalgique, entre les sites pollués de Pitsanulok et autres Nakorn Sawa, sans oublier breakfast à Pataya). Plus troisième âge, coquille vide: Venise récemment. Et plus pur et dur: Panama et Nicaragua. J'allais omettre le Paraguay, la Bolivie et Haïti.

Le but ?
Voir les mêmes choses et y retourner, vérifier que rien ne change, reculer toujours plus loin, retrouver la chose "en l'état"; là où rien ne se lit, ne se dit, que le quotidien. Tout ce qu'on trouve dans les livres qui fait rêver, et que nos enfants ne pourront pas voir. Comme la Vallée de la paix, Jadis et naguère peut laisser une impression de confusion qui gagne.

Epuisement ?
Après tant de temps passé à vivre ce nombrilisme érigé en métier, à supporter cette inspiration débridée, constante, à la juguler, il est concevable qu'il y ait une sorte de convergence des thèmes. Il s'agit de mes errances, doutes, résolutions vite larguées - tout cela confiné dans une pâte que je n'aime pas trop.

D'où certain embarras de l'expression ?
Il y a les fidèles; je sais que j'ai du matos pour eux, "prêche", & "sermon", phrases qui sembleront creuses ou emphatiques à qui n'a pas été concerné par Lumières, Orion... C'est que dans mon délire raisonné, je serais plutôt Véronèse qu'art contemporain; baroque sans les dorures mais avec les surcharges - au risque de prendre au passage un morceau de plâtre décollé, tombant avec fracas dans les ténèbres d'une nef où nul ne prie. De là à me reprocher ma "phraséologie philosophante"... C'est réducteur; comme lorsque le capitaine Haddock se trompe de bout de la lorgnette. Il n'y a dans mes propos que rhétorique voulue, dont le charme se veut léger. Une abstraction surréaliste façonnée comme du modelage, dont la sensualité est représentative de ce que ce malaxage requiert d'innocence. Je "m'exprime" avec patience, rectitude. Pas une ligne étrangère à l'affaire. De là l'écueil de ne pouvoir "en bouger".

A ce sujet, parlons de ton système de réitérations diminutives : "Qu'il parle celui qui l'a su / Qu'il parle celui..."
Ces répétitions tronquées font partie de la panoplie du prestidigitateur. On donne un mot, un détail, puis on vadrouille, mais fatalement on y revient, au détour d'un rythme. Geste saccadé qu'on aurait image par image découpé pour recréer le mouvement; vie piégée entre les mots. A la longue il y a en un certain nombre de "procédés", comme des fissures suivant une forme d'expression à cheval entre classicisme et invention. En premier lieu l'immédiateté du rêve: l'au-delà doit se soumettre aux paramètres hideux du quotidien consensuel. Il ne s'agit pas de rendre vulgaire ce qui est hors de moi, psychanalytique; plutôt d'un choix par défaut. J'élimine ce qui paraît confus, les redites, le trop explicite.

Où écriture et peinture se rejoignent ?
En peinture on procède en privilégiant le vide plutôt que le plein, la "silhouette" d'un volume; ici, c'est identique, certaines absences sont là, le verbe ou la phrase entière occultés. Ce n'est pas réducteur; au mieux un découpage aléatoire comme en faisait Matisse vieux sur son lit. La poésie consiste en juxtapositions d'éléments étrangers qui dans un univers logique n'auraient pas de raison de se croiser; les inversions font valoir des sens qui "n'existent pas". "Animal on est mal", auquel on s'habitue trente ans après, ne signifie rien.

S'il fallait extraire une formule ?
"S'enfuir de l'univers méchant." Le mot "méchant" surtout, qui fait référence à l'enfance, période où tout était binaire: juste ou faux. Qu'est-ce devenu? C'est toute la dimension de l'image minuscule d'un "univers méchant" dont il faut de toute urgence "s'enfuir".
De là cette impression triste de l'Eden perdu. Mais bien moins noir que ne le furent Matrice ou Camion bâché. Ici, la condition s'élève, l'homme retrouve sa racine, celle du rêve; encore faut-il ne pas se réveiller.

Manset peintre naïf chantant ?
L'infantilisme et l'amateurisme transcendés d'un Douanier Rousseau mélodieux, avec ses flûtes/serpents sur lune d'azur, oui. Et son aspect magique, voire interdit.

Quels titres as-tu rejetés du disque ?
Nommer des chansons qui, pourtant terminées, n'apparaissent pas, me paraîtrai inconvenant; comme si de les évoquer elles allaient s'évanouir, retourner se diluer d'où elle proviennent: le néant d'une caboche réfractaire.

Propos recueilli par Bayon, Libération, 17-18 octobre 1998

Jadis et naguère

Au bord d’une rivière
Etait une clairière
En ce temps lointain
Qu’on nomme naguère

Qu’on nomme jadis
Où l’homme était sur terre
Parmi les délices
Sans colère
Sans colère
Sans colère
Sans colère

Jadis et naguère
Se sont fait la guerre
En ce temps là
L’homme était guerrier
La femme était mère
Rien ne subsiste
Que poussière
Que poussière
Que poussière
Que poussière

Le monde est fou
Le monde est fou
Nous le boirons
Jusqu’au bout
Nous le boirons
Jusqu’au bout

Le monde est fou
Le monde est fou
Ce n’est rien moins
Qu’un caillou
Ni plus ni moins
Qu’un caillou
Qu’un caillou

L’homme était guerrier
La femme était mère
Rien ne subsiste
Le monde est fou
Le monde est fou
Nous le boirons
Jusqu’au bout
Nous le boirons
Jusqu’au bout
Ce n’est rien moins
Qu’un caillou
Tu le mettras
A ton cou

Dans l’au-delà
L’au-delou
Dans l’au-delà
L’au-delou


L’amour aveugle

On dit l’amour est aveugle
Et qu’il n’a ni foi ni loi
A cette lumière s’abreuve
Ceux qui ont faim, qui ont froid
A cette lumière s’abreuve
On le croise quelque fois
Ceux qui l’ont vu s’en souviennent
Comme de deux morceaux de bois
Il fait naître une étincelle
Il fait naître

Quel est donc ce sentiment
Qui peut rayer même le diamant
Fait tourner comme un manège
Fait tout voir blanc comme la neige

On dit l’amour est aveugle
Mais il faut bien croire qu’il voit
Dans une vie monotone
Sans canne blanche, sans sonotone
Comme le marin lorsqu’il boit
Comme le tonnerre lorsqu’il tonne
Où qu’il n’a ni foi ni loi
On dit l’amour est aveugle
On entend les bœufs qui beuglent
Les chevaux hennissent d’effroi

Quel est donc ce sentiment
Qui peut rayer même le diamant
Qui fait tourner comme un manège
Fait tout voir blanc comme la neige
Neige
Neige

On dit l’amour est aveugle
Mais il faut bien croire qu’il voit
Sans que nul ne sache comment
Sans que nul ne sache pourquoi
Une flèche dans son carcan
Il se refuse, il se donne
Sans lunette, sans sonotone
Une flèche dans son carquois
Une flèche
Une flèche
Une flèche dans son carquois
Et tout ça, ça mène à quoi

Une flèche dans son carquois
Et tout ça, ça mène à…
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour

On dit l’amour est aveugle
Mais il faut bien croire qu’il voit
Une flèche dans son carcan
Une flèche dans son carquois
Mais tout ça, ça mène à quoi

On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour
On dit l’amour

J’ai rêvé de couleurs, d’oiseaux de paradis
Où tout est fait de miel


Vahiné ma soeur

J’ai rêvé de couleurs, d’oiseaux de paradis
Savez-vous ce qu’est le paradis ?
C’est de l’eau, c’est un puit
Ce n’est pas compliqué
Le contraire de l’ennui, l’inverse
Et même si je voulais vous expliquer
Faut l’avoir connu soi même
Loin de tout
Loin des hommes
Loin de la société
Avec d’autres humains
Mais laissez nous dormir dans ce hamac
Du bout du monde
Lorsque lui se réveille
Pour avoir cru dormir contre une joue trop ronde
Parce qu’il n’y a pas là-bas de solution
Parce qu’il n’y a pas d’idée pas de sermon
Rien d’autre que le jeu
Que le respect
Des poissons dans l’eau claire
Et des oiseaux de feu
Au paradis des innocents nul ne grandit
On va nu et bouclé entre les arbres
Les graviers de couleur
C’est peut être l’Asie, l’Océanie ou bien ailleurs
C’est dans tous les cas sur terre
Et c’est, ou bien c’était le Paradis
Et lorsqu’il se réveille et qu’il voit le mur
Tout ça pour avoir cru qu’aimer, c’était avoir sa place
Avec sa vahiné ses sœurs
Avec la vie de ce village
Alors il songe qu’il est tempête et qu’il nage
Va rejoindre cette île
S’enfuir de l’univers méchant
S’enfuir de l’univers
Vahiné ma sœur
La vie n’a pas plus d’épaisseur
Que la feuille de l’arbre
Que le plus froid des marbres
Dans sa douleur
Nous nous reverrons
Nous nous reverrons
Vahiné ma sœur
Vahiné

J’ai rêvé de couleurs, d’oiseaux de paradis
Savez-vous ce qu’on en dit ?
Tout est fait de miel et de sucre Candi
Et le plus dur n’est pas la mort mais d’être en vie
Tout en sachant qu’elle est là-bas, qu’elle pleure
Qu’elle a les mille soleils, les mille couleurs,
Que rien ne sert à rien
Sinon l’espoir que tout finisse
Que tout se mélange, s’enfonce
Dans le sable et la sciure et la roche et les ronces
Puisqu’il a tout donné, tout fait
Et que le plus attachant n’est pas le plus parfait
Que l’homme n’aspire qu’à la quiétude de son hamac
Qu’il soit Mélanésien ou des Tumuc Humac
Tu seras celui-là qu’elle fera sien
Alors il n’est qu’un seul trésor
Celui de sa main
D’ici ou des confins
De pourpre, de velours
Vahiné pour toujours
Avec sa vahiné, ses sœurs
Avec la vie de ce village
Alors il songe qu’il est tempête, qu’il nage
Pour pouvoir rejoindre cette île
S’enfuir de l’univers méchant
S’enfuir de l’univers

Vahiné ma sœur
La vie n’a pas plus d’épaisseur
Que la feuille de l’arbre
Que le plus froid des marbres

Dans sa douleur
Nous nous reverrons
Nous nous reverrons
Vahiné ma sœur
Vahiné

J’ai rêvé de couleurs, d’oiseaux de paradis
Où tout est fait de miel


A quoi sert le passé ?

A quoi sert le passé ?
Les hommes, les bêtes qu’ont a vus
Fontaines qu’on a bues
Tout est toujours menacé
La borne sur le fossé
Combat à mains nues
Même la pierre s’est effacée
Tous les noms étaient enlacés
Sous la pluie fine et glacée
Même le chêne sera couché
Entre deux fleurs séchées
Tandis que je m’en vais marcher
Vers le futur
Caricature
Comme l’écorce est au fruit
De ce qui fut
De ce qui fuit
De ce qui fut
Une rivière enchantée
Une rivière

Le merle et la grive ont chanté
Qui donc les a entendus ?
Dans le jardin, dans le verger
Si chacun fut pâtre ou berger
Quelque chose a bien dû changer
Oh, qu’on ne reconnaît plus
A quoi sert le passé ?
Les hommes, les bêtes qu’ont a vus
Nos jouets maintenant sont brisés
A quoi sert de s’être connu ?
A quoi sert de s’être aimé ?
Si tout ça sans nous continue
Même la pierre s’est effacée
Là où ils s’étaient embrassés
Où ils s’étaient dit tout
Y a t il un chêne encore debout ?
Entre deux fleurs séchées
Tandis que je m’en vais marcher
Vers le futur
Vers l’ossature
Comme l’écorce est au fruit
De ce qui fut
De ce qui fuit
De ce qui fut
Une rivière enchantée
Une rivière

Y a-t-il la moindre trace de boue ?
Se sont ils aimés debout ?
Dans les soieries et les tissus
Qu’il parle celui qui l’a su
Que tout se dissout, tout s’est bu
Comme une coupe de ciguë
Dans les soieries et les tissus
Qu’il parle celui qui l’a su
Mais tout s’est dissout
Jusqu’aux ors de Mysore
Jusqu’au rivage de Cebu
Jusqu’aux ors de Mysore
Qu’il parle celui

Mais tout s’est dissout
Dans les soieries et les tissus
Comme une coupe de ciguë
Mais tout s’est dissout
Dans les soieries
Comme une coupe de
Comme une coupe de ciguë
Comme une coupe de


Oraison

Vous n’avez pas raison
C’est bien une oraison
Celle du monde qui se meurt
Vous voudriez qu’on rie
Mais on se pince, on pleure
Sur le pas des maisons

C’est bien une oraison
Faites une comparaison
Ce qui est, ce qui fut
La nature est amour
Or la nature a peur
C’est donc l’amour qu’on tue
C’est donc l’amour qu’on tue

Vous n’avez pas raison
Toujours il y eut saisons
Qui se suivent et s’enchaînent
Vous n’empêcherez pas
Le roseau contre le chêne
Que l’un plie l’autre pas

Vous n’avez pas raison
C’est bien une oraison
Celle de la terre qui bouge
Viandes et salaisons
Ont vécu leur odeur
Lueurs affadies
D’une vie sans saveur
Tout art est fini
C’est bien une oraison
Dont la méchante fleur
Distille le poison

Dont la méchante fleur
Distille

Ni ni ni ni ni ni

Dont la méchante fleur

La nature est amour
Vous n’empêcherez pas
Le roseau contre le chêne
L’un plie l’autre pas

Comme de toute façon
Brûlures ou glaçons
C’est bien une oraison
Dont la méchante fleur
Se penche

Ni ni ni ni ni ni

Hum, se penche


Comme le buvard boit l’encre

A quoi mènent
Les règnes
Les rois
Les reines
Les bouffons
Se défont
Quand même

A quoi riment
Les rimes
Les sonnets
Les versets
Les larmes
Qu'on versait

J'ai laissé
Passer
Le passé
Les saisons
La maison
Dérive
Dérive

Comme le buvard boit l'encre
Comme la fissure au sol
S'ouvre et se fait belle
Comme le buvard boit l'encre

Que ce soit
Ton nom
Ton front
Ta salive
Sècheront
Sècheront

A quoi servent
Les phrases
Les verbes
Les brins d'herbe
Qu'on écrase
La foule
Qu'on foule

Comme le buvard boit l'encre
Comme la fissure au sol
S'ouvre et se fait belle
Comme le buvard boit l'encre

J'ai laissé
Passer
Le passé
Les saisons
La maison
Dérive
Dérive

Comme le buvard boit l'encre


Quand il était gosse

Comme un chien qui rongeait son os
Comme un chien qui rongeait son os

Quand il était gosse
Fait de plaies de bosses
Comme un chien qui rongeait son os
Comme un chien qui rongeait son os
Mais les années passent
Ne reste à la place
Que la soupe à la grimace
Que la soupe à la grimace

Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés, les savanes
Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés, les savanes
Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés

Les animaux sauvages venaient boire
A pas feutrés dans le noir
La lune alors était amie
Le sol plus doux que de la mie
La lune alors était amie
Le sol plus doux que de la

C'était un grand livre d'images
Cacophonies et paysages
Où naviguaient entre les pages
Dix mille ruisseaux et marécages
Où naviguaient entre les pages
Dix mille ruisseaux

Quand il était gosse
Fait de plaies de bosses
La religion des révoltés
Mais la pile était survoltée

Les cheveux en brosse
Mauvaise volonté
Comme un chien qui rongeait son os
Comme un chien qui l'a trop rongé

Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés, les savanes
Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés, les savanes
Il voyait passer les caravanes
Les arbres penchés
Alors comme quand il était gosse
Sans compter les plaies ni les bosses
Il continue, livre bataille
Il découpe le monde, il le taille
Il continue livre bataille
Il découpe le monde

Comme un chien qui rongeait son os
Comme un chien qui rongeait son os

Quand il était gosse
Fait de plaies de bosses
Comme un chien qui rongeait son os
Comme un chien qui rongeait son os

Quand il était gosse
Fait de plaies de bosses
La lune alors était amie
Le sol plus doux que de la mie
La lune alors était amie
Quand il était gosse



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