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jeudi 16 juillet 2009

L’enfant soldat

Enrôlé de force
Quelques coups de crosse
Sur un visage d'enfant
C'est comme un fruit qui se fend

Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'interdira
Vivant dans son trou comme un rat
Mais que rien n'interdira

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Nouveau Tchernobyl
De bave et de bile
Mais à nos portes qui se presse
Le chloroforme et la compresse

Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'empêchera
Vivant dans son trou comme un rat
Vivant comme un enfant soldat

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Kilomètre 20
Ils étaient bien vingt
Les cheveux rouges comme de l'étoupe
Avec la machette, le coupe-coupe

Je l'ai posé près de la route
Et c'est cette eau sale qu'il a bue
Cadavres de chiens, de zébus
C'est cette eau sale qu'il a bue

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Une chaleur atroce
Le ciel qui se teinte en gris
Enrôlé de force
De Lagos à Conakry

Quelques coups de crosse
Ces lèvres noires qui me sourient
Dures comme de l'écorce
De Lagos à Conakry

Dans la jungle pire encore
Car j'ai vu son visage

Eden bay

Le plus bel endroit du monde
Pour soigner spleen et chagrin
A l’heure où la nuit tombe
C’est quand Maria-té revient
C’est quand Maria-té revient
Glisser son corps de mendiante
Et son profil de reine
Entre les tables branlantes
Et les tatouages de sirènes
Et les tatouages de sirènes
Prends la clé du 311
Au-dessus du Golden Gate
La pluie frappe les rideaux sales
La longue nuit s’installe
La longue nuit s’installe
Au-dessus du Kangooro Bar
Où tout le monde raconte I’histoire
Du grand viking aux yeux d’or
Serrant Nora sur son corps
Serrant Nora sur son corps

Visage d’ange
Qui se maquille
Sur fond de ciel de nacre
Qui pleure, danse et joue
Jamais ne dort
Sur fond de ciel de nacre
De perle et d’or

Des coups de rasoir plein les bras
Estelita pleure tout bas
Va t’asseoir à côté d’elle
Sur la caisse de San-Miguel
Sur la caisse de San-Miguel
Le plus bel endroit ce soir
C’est ‘le drap grand comme un mouchoir
Où tu la prends par la taille
Y’a juste une petite entaille
Y’a juste une petite entaille
Rouge et dure comme une écaille
Comme une marque sur du bétail
Au-dessus du Kangooro Bar
Où les grands fauves viennent boire
Où les grands fauves viennent boire
Tout à coup il fera jour
Tu sortiras sans un bruit
Retrouvera belle de jour
Par l’escalier d’incendie
Par l’escalier d’incendie
Visage d’ange
Sur fond de ciel de nacre
Qui pleure, danse et joue
Sur fond de ciel de nacre


Un jour à l’autre bout du monde
A des milliers de kilomètres
A l’heure où la nuit tombe
Tu te souviendras
Tu te souviendras des
Titubant dans leurs baskets
A l’heure où la nuit tombe
Devant l’entrée du Gold
Devant l’entrée du Golden Gate
Visage d’ange
Qui se maquille
Sur fond de ciel de nacre
Qui pleure, danse et joue
Jamais ne dort
Qui pleure, danse et joue
De perle et d’or
Visage d’ange
Sur fond de ciel de nacre
Qui pleure, danse et joue
Sur fond de ciel de nacre
Visage d’ange

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?

Depuis bien longtemps déjà, j’ai cessé d’écrire
Cesser de lever les yeux, cessé de relire
Dans le parc devant la grille, les hommes arrivent
Et juste une trace de pas le long des rives
Juste une trace de pas le long des rives

Depuis bien longtemps
Je ne dirige plus les musiciens
Depuis bien longtemps
Laissé pendu l’habit de magicien
Dans le parc devant la mer
Les robes blanches
Enfants fragiles comme du verre
Jouent sous les branches
Enfants fragiles comme du verre
Jouent sous les branches

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

Depuis bien longtemps déjà j’ai cessé de vivre
De toucher du bout des doigts la tranche des livres
Dans le parc devant la rive des bruits étranges
Un bruissement d’aile lumières cheveux des anges
Le bruissement des ailes les lumières les cheveux des anges

Depuis bien longtemps déjà le seul souvenir
D’une miette de vie encore que je respire
Dans le parc devant l’allée le vide immense
Le bruit des pas sur le gravier de mon enfance
Bruit des pas sur le gravier les ombres dansent

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

Les enfants des tours

Il faudra bien qu’on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours
Sur les trottoirs, sous les néons
Ceux qu’on ramasse dans les cartons
Où sont les vastes terrains vagues
Tout est silence
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Que seuls les chiens restent
Au fond des cours
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Il faudra bien qu’on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours
Sur les trottoirs, sous les néons
Ceux qu’on ramasse dans les cartons
Où sont les vastes terrains vagues
Tout est silence
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Plus d’importance
Qu’on est devenu sourd
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Plus d’importance
Qu’on est devenu sourd
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
N’ont plus la moindre chance
Que l’on avait hier
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
N’ont plus la moindre chance

Et l’or de leur corps

L’esprit des morts veille
Et quand tu t’endors
La lampe allumée
Et l’or de leur corps
Le drap grand ouvert
Cascades et rivières
Chevaux sur les plages
Sable sous les pieds
Et lagons bleutés

L’esprit des morts veille
Qui frappe à la porte
Et toi allongé
Dans ton demi-sommeil
Et l’or de leur corps
Partout t’accompagne
Quand glisse le pagne
Couleur des montagnes
Du sable et de l’eau

D’où venons-nous ?
Que sommes-nous ?
Où allons-nous ?

L’esprit des morts veille
L’ange aux ailes jaunes
Sur fond de montagne
Et sentier violet
La femme à la fleur
Quand te maries-tu ?
Dans la grande cabane
Qu’il a fait construire
A Hiva-Oa, là où il mourut

D’où venons-nous ?
Que sommes-nous ?
Où allons-nous ?

La femme à la fleur
Quand te maries-tu ?
Dans la grande cabane
Qu’il a fait construire
A Hiva-Oa, là où il mourut

Entrez dans le rêve

Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve
Reprendre la vie des autres où on l'a laissée quand le jour s'achève
Voir les couleurs, voir les formes
Enfin marcher pendant que les autres dorment
Voir les couleurs, voir les formes

Les villes sont des villes bordées de nuit
Et peuplées d'animaux qui marchent sans bruit
Toujours, dans votre dos, la peur vous suit
Toujours, dans votre dos, la peur

Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve.
Allumez l'écran merveilleux quand le jour s'achève
Retrouver l'amour blessé
Au fond du tiroir où on l'avait laissé

Retrouver l'amour blessé
Découper le monde à coup de rasoir
Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
La vie n'est pas la vie de ce qu'on nous fait croire
La vie n'est pas la vie.
Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir alors

Ramenez le drap sur vos yeux
Entrez dans le rêve
Reprendre la vie des autres où on l'a laissée quand le jour s'achève
Retrouver l’amour blessé
Celui qu’on avait jamais pu vraiment laissé
Retrouver l’amour blessé
Découper le monde à coup de rasoir

Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
La vie n’est pas la vie
La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir
Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir alors
Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve
Allumez l'écran merveilleux quand le jour s'achève

Entrez dans le rêve
Entrez dans le rêve
Entrez dans le rêve

mercredi 15 juillet 2009

L’épée de lumière

Chanson pour mon manteau
Ce que je porte sur le dos
Ce qui me fait rêver
Sans quoi je ne suis rien

Chanson pour mon manteau
Sa vie, c’est pas un cadeau
Dans les couloirs de métal
La porte grande ouverte sur le pont de cristal
Et je porte avec moi
Sur le côté droit
Le crayon
L’épée de lumière
Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi
Le crayon
L’épée de lumière
Le canon
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes

Chanson pour mon manteau
Ce que je porte sur le dos
Comme un tank
La tête dans les épaules

Chanson pour mon manteau
Sa vie c’est pas toujours drôle
Dans les couloirs de métal
Aveugle et sourd quand la voix vous parle
Et je porte avec moi, sur le côté droit
Le crayon,
L’épée de lumière
Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi
Le crayon
L’épée de lumière
Le canon
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes

L’enfant qui vole

J’ai suivi l’enfant qui vole
Au-dessus de la sciure
Pour elle, pas d’école
Pas de chaussures
Quand les feuilles tombent
Le cheval s’arrête
Et le nain, triste
Allume le bord de la piste

J’ai suivi l’enfant qui vole
Qui cambre les reins
Debout dans la camisole
Le maillot de satin
Quand le matin vient
Qu’elle quitte la piste
Que le nain, triste
L’emmène

J’ai suivi l’enfant qui glisse
Au-dessus des visages
Rêvé de son ventre lisse
Comme un coquillage
Quand le matin vient
Qu’elle quitte la piste
Que le nain, triste
L’emmène

mardi 14 juillet 2009

Elégie funèbre


Pochette du 45 tours sorti en 1969 avec « Ils » en face A et « Elégie funèbre » en face B. Ces deux titres se trouvent sur le 33 tours « La mort d’Orion » ainsi que sur la réédition CD.


Couvrez-moi de fleurs s’il le faut
Laissez venir l’homme à la faux
Et si me coudre les paupières
Au moins ne me riez derrière
Moi

Laissez me parler à l’oreille
Et faire miel de moi l’abeille
Et dans mon ombre, laissez vivre
Quand bien même le bateau ivre
Sombre

Croyez-moi, dans ce monde-ci
Jamais on ne m’a dit merci
Où que ce fut, ont que ce soit
Qui que ce fut, où que ce soit
S’en fut

C’est pour ma chair fragile et morte
Que je prie de vous de la sorte
Qu’on ne m’ait pas en terre admis
Sans que l’on y descende aussi

Que reste ici de mon passé
Dans ce caveau frais repassé
L’habit de noce et le carton
De ma langue et de mon menton
L’os

L’ongle a peine de désigner
Faisant main comme l’araignée
Les yeux se taisent et la cornée
Dessous l’arcade cimentée
Pèse

Couronnez-moi de fleurs mauves
Si voyez que ma vie se sauve
Et des ténèbres ayez raison
Lirez lumières de l’oraison
Funèbre

Prenez soin de moi si pouvez
Faites de vos bouches un ave,
Que Dieu le dépose ou l’apporte
S’il fut seul au pied de ma porte
Close

Couvrez moi de fleurs s’il le faut
Laissez venir l’homme à la faux

Couvrez moi de fleurs s’il le faut
Couvrez moi de fleurs s’il le faut