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jeudi 16 juillet 2009

La voie royale

C’est un bâtiment gris
Au pied du Pnom
Lorsqu’on y va la nuit
On croit frôler les ombres
Et plus loin vers le fleuve
Quelques enfants
Saramani bien sûr
Que l’on vient voir aussi
Que l’on vient voir de prés

Même si l’on s’ennuie
Alors on pense à lui
C’était là qu’il était
Comme un Naja
Dans le bassin
Où il nagea
Jusqu’à ce temple en ruine
Mais tout ne l’est-il pas
Mais tout ne l’est-il pas

Où l’on vend des moineaux
Dans des cages d’osier
Que pour quelques riels
On verra s’échapper
S’envoler vers le ciel
Alors on pense à ça
Alors on pense à lui
Que tout était comme ça
On n’a pas changé depuis
Comme un Naja
Dans le bassin
Où il nagea
Jusqu’à ce temple en ruine

Saramani m’a dit
Que comme il le voulait
D’être enterré ici
Une princesse charme
Vous le connaissez
Comme on connaît ici
Ce que personne ne sait
Ce que personne n’a dit
Alors on pense à lui
C’était là qu’il était
Comme un Naja
Dans le bassin
Où il nagea

Dans le bassin
Où il nagea

Veux-tu ?

Veux-tu que je te couvre les épaules
Veux-tu que je t’allonge ou veux-tu que je t’aide
Veux-tu que nous fassions quelques pas au soleil
Ou bien à l’ombre, pour moi tout est pareil
Dans la demeure qui fut la notre

J’allume ou bien j’éteins, veux-tu l’obscurité
Que je me tienne encore à tes côtés
Ou bien fermer les yeux, veux-tu que je me taise
N’entendre que Chopin, Mazurka Polonaise
Dans la demeure qui fut la notre
Dix mille saisons et puis
Dix mille saisons et puis

Veux-tu que je t’entrouvre la fenêtre
Que tu sentes l’odeur que le printemps fait naître
Dans la demeure qui fut la notre

Et j’ai posé mes yeux dans un coin du plafond
Et j’ai touché sa joue froide comme une feuille
Et le jour était là comme un enfant recueille
Un coupe d’oisillons
Un coupe d’oisillons
Un coupe d’oisillons

Pacte avec mon sang

C’était un soir d’orage
Il a frappé à ma fenêtre
Je venais d’écrire quelques pages
Sur le destin de tous les êtres

Qui vivent, qui dorment et qui mangent
Ne se sont pas aimés jusqu’au Gange
Depuis l’antiquité
Moi-même elle vient de me quitter

Alors il s’est assis
C’était comme ça, c’était ainsi
On était frère depuis quelques heures
C’est là qu’il a sorti ses outils

Il a dit : veux-tu la richesse
Etre connu jusqu’au Gwanshee
Au lieu de ta purée de détresse
De tes mains pleines de cambouis ?

Je vois son visage enfin
Avec deux crochets pour les mains
Des trous à la place des yeux

Je me suis vu dans le miroir
J’ai dit : je veux la fortune et la gloire
Ici, demain ou maintenant
Il a dit : signe, en me tenant

D’aucun éternel passant
Je serai Jules Vernes ou Maupassant
C’est un pacte avec mon sang
Pacte signé avec mon sang

On a du parler toute la nuit
Puis voilà le jour qui luit
Je vois son visage enfin
Mi vagabond mi musicien

Priez pour notre salut
C’est le parchemin qu’il m’a lu

C’était un soir d’orage
Il a frappé à ma fenêtre
Je venais d’écrire quelques pages
Sur le destin de tous les êtres

Je serai Jules Verne ou Maupassant
C’est un pacte avec mon sang
C’est un pacte

Chaînes

Otez-moi ces chaînes que je vois la ville
Que je connaisse encore ces reines de beauté
Qui défilaient la nuit sur des chars allumés
Tandis que des capsules de bramas éventés
Jonchaient le macadam dans l’asphalte incrusté
Comme autant de médailles qui les auraient tentés
Comme autant de médailles
Otez-moi ces chaînes que je vois la ville

Otez-moi ces chaînes
Que je redonne goût
A ce que je goûte
Que je vois la chenille
Au dessus de (…)
(…)
De ce monde tout à côté
Et les millions de familles
Se glisser

Otez-moi ces chaînes que je vois les eaux
Que je connaisse encore la mer démontée
Où je me suis baigné dans les docks et les ports
Couvert de (…) aux lèvres ciselés
Comme l’or des incas que l’on voit ruisseler
Jusqu’au (…) que l’on voit ruisseler
Otez-moi ces chaînes que je connaisse encore

Otez-moi ces chaînes que je les vois danser
Ces reines de la nuit sur leurs chars entrelacés
Couvertes de pierres et de rubis et de satin moiré
(…) ils se soulèvent dans le jour va monter
(…) ils soulèvent dans le jour

Otez-moi ces chaînes que je les vois qui se promènent
Otez-moi ces chaînes que je les vois qui se promènent
Dans le jour qui se lève, qui s’est déjà levé
Dans le jour qui se lève

Ne les réveillez pas

Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Comme de petits œufs
Comme de jeunes abeilles
De simples arbrisseaux
Poussant près des fontaines
D’où naissent toutes les eaux
Toutes rivières idem
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Un ongle de mica
Et la lèvre vermeille
Tandis qu’au dessus d’eux
Une forme attentive
Songe aux instants d’avant
Où elle était pareille
Elle était semblable
Objet sous une table
Haute comme une chaise
Petit meuble bancal
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil

Ce songe est indolore
Qui conduit là-bas
On en a vu des équipages
S’endormir
S’endormir
S’endormir comme ça

Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Comme de petits soldats
Raisins sur une treille
Qu’on ne cueillera pas
Au milieu des vallons
Et des vallées sans nombre
Regardez-les dans l’ombre
De jouets insignifiants
Dans la chambre lilas
Ils sont dans leur sommeil
Ne le réveillez pas

J’ai refermé la porte
De ce monde-ci
Afin que rien ne sorte
Comme d’un petit enclos
Au flan d’une colline
Où les choses poussent
(…) ouvrir bientôt
Une toison rousse
Lorsque l’automne est là
Ne les réveillez pas
Ils sont dans leur sommeil
Ne les réveillez pas

Ce songe est indolore
Qui conduit là-bas
On en a vu des équipages
S’endormir
S’endormir

J’ai refermé la porte
Ne me demandez pas
Si cette chambre existe
Si elle n’existe pas
Comme une place forte
Tandis que j’ai marché
Dans la chambre lilas
Ne les réveillez pas
Le reste est sans objet
Ne les réveillez pas

Ce songe est indolore
Qui conduit là-bas
On en a vu des équipages

Obok

Je ne suis pas de chez vous
Vous n’êtes pas de chez moi
Mais comme on se fait tatou
Je me retourne quelquefois
Comme je vais sans vous

On peut tendre mille fois la joue
Fendre son manteau
On peut porter sa croix
Moi, je l’ai portée, voyez-vous
De (…) à (…)
J’en garde quelques coups
Plantés
Plantés
Plantés
Plantés

Je ne suis pas de chez vous
De vos soldes, de vos marabouts
(…) dans les (…)
(…) ce siècle qui bout
Comme une marmite de fer
Un potage sans goût
On se retourne tout à coup
Comme on voudrait fendre du bois
Mettre le feu à tout
Comme je l’ai mis, voyez-vous
De (…) à (…)
J’en garde quelques coups
Plantés
Plantés
Plantés

De la colline de St Cloud
Je me retourne quelques fois
Le bateau va sans mat
Comme je vais sans vous
On peut tendre mille fois la joue
Fendre son manteau
On peut porter sa croix
Comme je l’aie portée, voyez-vous
De (…) à (…)
J’en garde quelques coups
Plantés
Plantés
Plantés
Plantés
Plantés
Plantés

Fauvette

Elle avait pas dormi depuis plus de trois jours
Une petite fauvette aux yeux peints
Avec des bagues aux doigts, une jupe de daim
Avec un blouson de satin

Elle est partie dans le fond téléphoner
A on ne sait qui
On l’a vue qui pleurait
Et puis se recoiffer comme une furie
Se moucher dans sa manche

Quelqu’un devait l’attendre dehors mais il neigeait
Elle a rabattu sa capuche, écrasé sa cigarette
Laissé quelques pièces de monnaie
Ramassé comme un petit Donald en peluche
Ramassé comme un petit Donald en peluche

J’en aurais pas parlé si ce n’était pas un dimanche
Avec ce qu’on peut pleurer pour les hommes
Les petits, les moches, les grands, les têtes de pioche
Et ceux qui parlent jamais à personne
Et ceux qui parlent jamais à personne

Quand j’ai vu qu’ils la suivaient
Qu’ils la mangeaient des yeux
La petite fauvette en parka
La petite fauvette

Elle avait pas du dormir depuis pas mal de temps
Comme une alouette blessée
Parce qu’il faut dire qu’il y a pas souvent de printemps
Dans les rues de sa cité

Il y avait un sapin de Noël planté
Un peu plus loin sur le parking
Et les loupiotes qui semblaient lui dire : va t’amuser
Avant que la vie te tombe dessus

Je les aie vus qui marchaient
Dans cette neige fondue vers un camion
Et lui qui la tenait comme ça dans la nuit
Comme si elle avait bu
Qu’elle avait les jambes en coton
Qu’il fallait qu’elle dorme dans un vrai lit
Qu’il fallait qu’elle dorme dans un vrai lit

Si je parle de ça, c’est que je me suis souvent demandé depuis
Ce que j’aurais pu faire de plus
Sinon l’asseoir de force et lui faire cracher son mal de vivre
Personne aurait jamais su
Personne aurait jamais su

Laissez nous comprendre pourquoi tout est ainsi
Escrocs et malfaisants

On en ramasse comme ça
Tous les automnes, tous les hivers
Les ongles encore accrochés
Sur quelques lambeaux de mystère

Pourquoi s’était-elle enfuie de toute la chaleur
Que peuvent donner une mère, une soeur
Un père absent, violent,
Qui peut-être même avait tout brisé
Quand même laissé du bonheur
Quand même laissé du bonheur

Et la dinde, à plus d’heure
Quand j’ai voulu m’en retourner
Tout ça m’était sorti de la tête
Comme toutes ces choses
Qu’on n’a jamais fini de ressasser
Alors le jour s’est levé
Alors le jour s’est levé

Comme un chacal en manque d’amour
Qui lève une charogne
Et vient prendre la place de la nuit
Tous les arbres étaient blancs
Oh sûr, pas comme au temps des cigognes
Au dessus de toutes ces flaques de cambouis
Au dessus de toutes ces flaques

A chacun son démon tapi qui peut sortir de l’ombre
Voilà la seule chose que je me suis dit
Vers un ailleurs indéfini aux portes du hasard
J’ai vu la vallée dans le brouillard
J’ai vu la vallée
Vers un ailleurs indéfini
Aux portes du hasard
J’ai vu la vallée

Jardin des délices

Quand le monde autour de toi aura tant changé
Que toutes ces choses que tu frôlais sans danger
Seront toutes si lourdes à bouger
Seront toutes des objets étrangers

Où l'a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec ses fleurs grimpantes
Sa lumière en pente
Couleur de dragée ?

Quand le monde autour de toi sera mélangé
Que le drap de ta chambre dans l'ombre restera plongé
Que viendra la nuit aux pourpres orangés
Et sans rien de plus peut-être pour te protéger

Où l'a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec sa glycine
Comme une racine
Dans la terre plongée ?

Dans la terre plongée

Jardin des délices
Tourne comme une hélice
Dans le fond du crâne
Tourne comme une hélice

L’enfant soldat

Enrôlé de force
Quelques coups de crosse
Sur un visage d'enfant
C'est comme un fruit qui se fend

Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'interdira
Vivant dans son trou comme un rat
Mais que rien n'interdira

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Nouveau Tchernobyl
De bave et de bile
Mais à nos portes qui se presse
Le chloroforme et la compresse

Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'empêchera
Vivant dans son trou comme un rat
Vivant comme un enfant soldat

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Kilomètre 20
Ils étaient bien vingt
Les cheveux rouges comme de l'étoupe
Avec la machette, le coupe-coupe

Je l'ai posé près de la route
Et c'est cette eau sale qu'il a bue
Cadavres de chiens, de zébus
C'est cette eau sale qu'il a bue

Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture

Une chaleur atroce
Le ciel qui se teinte en gris
Enrôlé de force
De Lagos à Conakry

Quelques coups de crosse
Ces lèvres noires qui me sourient
Dures comme de l'écorce
De Lagos à Conakry

Dans la jungle pire encore
Car j'ai vu son visage