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jeudi 16 juillet 2009

MATRICE - 1989



Pochette du 33 tours « Matrice », le dernier album de Manset à être normalement commercialisé en 33 tours.

Banlieue Nord
Avant l'exil
Filles des jardins
Solitude des latitudes
Camion bâché
Toutes choses
Matrice


Retour en force de Gérard Manset après plusieurs années de silence ; c'est avec ce disque que je l'ai découvert et l'album ne m'a plus jamais quitté. Résolument rock et urbain avec des titres comme "Banlieue Nord", "Matrice" ou "Camion bâché", Manset est plus que jamais un magicien du son, mêlant synthés, guitares et arrangements de cordes d'une grande intensité... Après des titres comme "Filles des jardins", le rock made in France ne peut plus tout à fait être le même. Indispensable.

Christophe Dufeu



Banlieue Nord

On passe au pied d’une grande cheminée
De brique et de pierre
La pluie, la neige se sont mises à tomber
Sur les manteaux d’hiver
Plus moyen de voir autre chose que la misère
Dans cette ville de bazars et de parkings déserts
Les enfants des îles qui dansent sous la lumière
Sous la grande lumière

Reviennent
Traîner le long des épaves
Les chevelures sans foulard
Dans filles grandies trop tard
Qui s’endormaient sur le sol
Dans les caves, les entresols
Revivant toujours l’histoire
Prises par les gamins du square

Mon dieu, montrez-vous quand même
Le jour des communions, des baptêmes
Bénissez les robes blanches
Que les souillures un jour balayeront
Comme une avalanche
Que les souillures un jour balayeront
Comme une avalanche

On passe au pied d’une grande tour carrée
Avec ses miradors
La pluie, la neige, la sciure sur le gravier
On y pense encore
C’est là qu’on a vécu et de toute manière,
Les enfants des îles étaient tous nos frères
Et qu’on le veuille ou non, on ne peut plus s’en défaire
Sous la grande lumière des parkings déserts

Reviennent
Comme des chats tombés d’une gouttière
Les visages tristes et sans paupières
Des enfants qui jettent des pierres

Mon dieu, montrez-vous quand même
Bénissez les robes blanches
Que les souillures un jour balayeront
Comme une avalanche
Que les souillures un jour balayeront
Comme une avalanche

Et la nuit, dans les draps
La seule chose qu’on veux pas
Et qu’on craigne encore
Mais qui nous glace d’effroi
C’est banlieue nord
On a beau tout faire
Quand on remue la terre
Ca bouge encore
C’était banlieue nord
Et ça saigne encore

Et la nuit, dans les draps
La seule chose qu’on veux pas
Et qu’on craigne encore
Mais qui nous glace d’effroi
C’est banlieue nord
On a beau tout faire
Quand on remue la terre
Ca bouge encore
C’était banlieue nord
Et ça saigne encore
C’était banlieue nord
Et ça saigne encore


Avant l’exil

Juste avant l’exil
Juste avant l’exil
On pose un dernier regard sur sa ville
Les colliers de fleurs que les hommes enfilent
Et plus loin, sur le bord du quai
Le secret que personne ne sait
C’est qu’on est né ici
Et qu’on sait ce qu’on va laisser
Alors on reste assis

Juste avant l’exil
Ça semblait facile
De tout quitter
On était le loup sans son collier
L’arbre sans son espalier

Quand le sable a quitté le sablier
Que la pierre et le marbre se sont brisés
Que le chêne a fini quand même par retomber
On se retrouve comme on est né
A nouveau dans un monde de damnés
A nouveau dans un monde de damnés
Sans rien ni personne pour nous aider

Juste avant
Juste avant l’exil
Juste avant l’exil
Avant le dernier regard sur la ville
Dans le bruit des trains qui défilent
Et là-bas, sur le bord du quai
Comme la flamme d’un briquet
Dans une main qui tremble
Ce visage, on le connaît
Il nous ressemble

Juste avant l’exil
Que cherche-t-il vers l’horizon ?
Le dessein dans la forme d’une maison
Ou peut-être la guérison

Quand le sable a quitté le sablier
Que la pierre et le marbre se sont brisés
Que le chêne a fini quand même par retomber
On se retrouve comme on est né
A nouveau dans un monde de damnés
A nouveau dans un monde de damnés
Sans rien ni personne pour nous aider

On se retrouve
Sans rien ni personne pour nous aider
On se retrouve comme on

On se retrouve comme on


Filles des jardins

Souviens-toi, c’était comme ça
On les suivait pas à pas
Les filles des jardins à l’ombre des colonnes
Loin de tout, entourées de femmes et d’hommes
Aux tempes grises de femmes et d’hommes
C’était comme ça
On les montrait du doigt
On leur parlait pas
Les filles des jardins quand elles étaient assises
Vêtues de draps, de voiles, de simples chemises
D’ombre bleue grise

Pourquoi ont-elles changées
Le fruit est-il mangé
Sommes-nous des étrangers
Qui savent même plus nager
Rejoindre la rive ombragée

C’était comme ça, souviens-toi
Le temps courait entre nos doigts
Les filles des jardins quand on suivait leur jeu
Jusqu’au soir, sans savoir où se posaient leurs yeux
Comme de petits lacs ombrageux
Souviens-toi, ça nous brûlait les doigts
Comme du feu dans l’ombre bleue grise
Comme du feu dans l’ombre bleue grise

Pourquoi ont-elles changé
Le fruit est-il mangé
Sommes-nous des étrangers
Qui savent même plus nager
Rejoindre la rive ombragée


Solitude des latitudes

Solitude, latitudes, se glissent dans tes draps
Solitude, ce soir te quittera
Solitude
Solitude

La nuit semble douce et magique
Ça ressemble aux Amériques
Ce qu’on lit quand on est enfant
Belliou-la-Fumée, Croc Blanc

La nuit semble douce et tranquille
Mais tu trembles, que t’arrive-t-il
Solitude et feu qui s’éteint
Coup de feu dans le lointain

Solitude des latitudes se glisse dans tes draps
Solitude, ce soir te quittera
Solitude des longitudes
Solitude

La nuit semble douce et tranquille
Ça ressemble à une ville
Dont on rêve quand on est enfant
Carthage et ses éléphants

La nuit semble douce et pourtant
Tu te réveilles de temps en temps
Solitude et feu qui s’éteint
Coup de feu dans le lointain

Te glisse entre les doigts
Solitude
Ce soir te quittera

Solitude
Solitude

Te glisse entre les doigts
Solitude


Camion bâché

Camion dans la nuit
Camion bâché
Comme un ballon lâché
D'illusions, d'espoirs
Et le sang taché
Sangles attachées
Ne plus rien vouloir
D'une époque à vomir
Ne plus rien dire
Rouler dans le noir
Par les rêves attaqués
Sur les bas-côtés
Du désespoir

Camion dans le noir
S'en va ce soir
Pour ne plus revenir
Sur la banquette arrière
De skaï noir
Un enfant respire
Une fille aux yeux clairs
Aux membres fragiles
Dort dans un linge
Comme une plume d'ange
Dans un lange
Tombé des cieux

Et dans le bruit des essieux
Le vacarme d'enfer
Du camion de fer

Camion dans la nuit
Que savez-vous de lui
De ce qu'il laisse encore
De tristes décors
Piétiner le reste
Quand le monde a la peste
Ce qu'il lui reste
C'est la forme endormie
Dans une couverture
Sur la banquette dure
C'est la seule figure
Le seul paysage
Debout comme un mirage
Le visage de l'ange
Qui dort dans son lange
Tombe des cieux

Et dans le bruit des essieux
Le vacarme d'enfer
Du camion de fer
Camion


Tout ce qu'il lui reste
Quand le monde a la peste
C'est la forme endormie
Camion dans la nuit

Camion blindé
Depuis tant d'années
Tant de coups bas
Sans lumières et sans mats
Lampes arrachées
Camion s'en va
D'une époque à vomir
L'histoire dira
Ce qu'il faut retenir
Sur un tronc d'acacias
Hurlement de pneus
Vitre en éclats
Camion broyé
Et sur son cahier
Trois lignes encore
Trois mots rayés
Les trois mots d'un noyé
Dont on repêche le corps
Par une nuit sans lune
Une main passée
Dans les boucles brunes
Sur le front de l'ange
Dans son lange
Tombé des cieux
Et dans le bruit des essieux
Le hurlement d'enfer
Du camion de fer

Camion dans la nuit
Camion brisé
Vitres irisées
Jonchant le sol
Dans un creux chemin
Ecrasant la main
Dont l'âme s'envole
Qui respire encore
Comme ensorcelé
Caressant le corps
Et la nuque grise
D'adulte broyé
Où les os se brisent
Dans le camion bâché
Eclaté devant
Où passe le vent
Pour aller sécher
Le front de l'enfant
De larmes mouillé

Dans le camion bâché
Eclaté devant
Où passe le vent
Pour aller sécher
Le front de l'enfant
De larmes mouillé Camion sanctifié
De terre soulevé
Droit vers les cieux
Le reste effacé
L'arbre enfoncé
En son milieu
L'habitacle ouvert
Sur le tapis vert
De mousse indolore
L'ange aux cheveux clairs
Regarde son père
Conduire encore

Camion dans la nuit
Camion
Camion
Camion
Camion
Camion


Toutes choses

Et toutes choses se défont
Comme le plâtre des plafonds
Comme le vin du carafon
Quand il devient couleur de sang
Comme le vin s'épaississant
Et que la plaie reste sans fond
Et que personne ne répond
Et que personne ne répond
Que toute choses se défont
Comme le plâtre des maisons
Que toute chose est sans raison

De toutes choses on voit le fond
Dans les clous disparaissons
Comme essuyé par un torchon
Comme balayé d'un typhon
Sur le rivage éblouissant
Quand il devient couleur de sang
Sur le rivage où nous serons
Avec nos semelles de plomb
Comme le scaphandrier descend
Sur le rivage éblouissant
Où vient la nuit s'épaississant

Et toutes choses se défont
Comme le plâtre des plafonds
Comme le vin du carafon
Quand il devient couleur de cendre
Et qu'on voit le niveau descendre
Et que la plaie reste sans fond
Et que personne ne répond
Et que personne ne répond
Que toutes choses finiront
Après le pain blanc, le pain rassis
Et toutes choses sont ainsi


Matrice

Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Alignés comme radis
Contre leur mère

Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Aux paupières arrondies
A l'iris délétère

L'iris délétère

Ils sont venus sur terre
Sans rien demander
Comme une pluie d'hiver
Sur une ville inondée

Est-ce pour nous aider
A supporter la peur du noir
Le tremblement de nos mémoires
Le choc de nos mâchoires ?

Renvoyez-nous d'où on vient
D'où on est né d'où on se souvient
Des perles de tendresse
Sanglots de l'ivresse

Renvoyez-nous d'où on vient
Sans le moindre mal, vous le savez bien
Qu'on n'a pas vraiment grandi depuis
Le sang nous frappe les tempes

Matrice tu m'as fait
Dans son lit défait
Matrice tu m'as fait
Mal, le mal est fait


Matrice

Renvoyez-nous d'où on vient
Par le même canal, le même chemin
De l'éternelle douleur
De la vallée des pleurs

Renvoyez-nous pour notre bien
On n'en veut pas plus, on demande rien
Que nager dans le grand liquide
Comme un têtard aux yeux vides

Matrice tu m'as fait
Dans un moule parfait
Matrice tu m'as fait
Mal, le mal est fait

Matrice

Matrice tout compte fait
Tu sais, le monde est tout fait
Plus tu vas vers l'infini
Plus tu sais que c'est fini

Matrice tu m'as fait
Mal, le mal est fait
Plus tu vas vers l'infini
Plus tu sais que c'est fini

Matrice
Matrice
Matrice
Tu m’as

PRISONNIER DE L’INUTILE - 1985




Pochette du 33 tours « Prisonnier de l’inutile ». Cet album sera réédité en CD en 1986 sans aucun changement par rapport au 33 tours.

Et l'or de leur corps
Prisonnier de l'inutile
Mauvais karma
Les enfants des tours
Chambres d'Asie
Deux voiles blanches
Est-ce ainsi que les hommes meurent ?


Manset alterne, dans ce disque comme dans beaucoup d'autres de cette période, titres "urbains" et "de voyage" ; dans la seconde catégorie, des titres longs et forts comme "Chambres d'Asie" ou "Mauvais Karma" ; dans la première, des instantanés en noir et blanc comme "Les enfants des tours" ou ce détournement glaçant mais formidable d'Aragon / Léo Ferré, "Est-ce ainsi que les hommes meurent ?".

Christophe Dufeu

Et l’or de leur corps

L’esprit des morts veille
Et quand tu t’endors
La lampe allumée
Et l’or de leur corps
Le drap grand ouvert
Cascades et rivières
Chevaux sur les plages
Sable sous les pieds
Et lagons bleutés

L’esprit des morts veille
Qui frappe à la porte
Et toi allongé
Dans ton demi-sommeil
Et l’or de leur corps
Partout t’accompagne
Quand glisse le pagne
Couleur des montagnes
Du sable et de l’eau

D’où venons-nous ?
Que sommes-nous ?
Où allons-nous ?

L’esprit des morts veille
L’ange aux ailes jaunes
Sur fond de montagne
Et sentier violet
La femme à la fleur
Quand te maries-tu ?
Dans la grande cabane
Qu’il a fait construire
A Hiva-Oa, là où il mourut

D’où venons-nous ?
Que sommes-nous ?
Où allons-nous ?

La femme à la fleur
Quand te maries-tu ?
Dans la grande cabane
Qu’il a fait construire
A Hiva-Oa, là où il mourut




Prisonnier de l’inutile

Nous avons marché le long des sentiers
Des sentiers
Parmi nous, certains sont tombés
Et tous les autres, que deviennent-ils ?
Que deviennent-ils ?
Nous sommes prisonniers de l’inutile

Derrière nous, campagnes et villages
Ensevelis sous le lierre sauvage
Où seul un chien peut-être vit tranquille
Vit tranquille
Nous sommes prisonniers de l’inutile

Nous sommes prisonniers
Des liens
Qui nous attachent
Et nous souffrons
Dans notre cœur
Comme une tache
Quelque chose
Qui grandit
Et qui se cache
Nous sommes prisonniers
Des liens
Qui nous attachent

Quelques croix sont plantées sur le chemin
Le chemin
Que les bourreaux montrent de la main
Disant : « De l’autre monde, que reste-t-il ? »
Reste-t-il ?
Nous sommes prisonniers de l’inutile

Au-delà de nous, dans le ciel de plomb
Y a-t-il un Dieu, quelqu’un, nous l’appelons ?
Nous oublier, comment le pourrait-il ?
Pourrait-il ?
Nous sommes prisonniers de l’inutile

Nous sommes prisonniers
Des liens
Qui nous attachent
Et nous souffrons
Dans notre cœur
Quelque chose
Qui grandit
Et qui se cache
Nous sommes prisonniers
Des liens
Qui nous attachent

Prisonniers de l’inutile
Prisonniers
Prisonniers


Mauvais Karma

C’est grand
C’est grand
On voit toujours du sable
Tout blanc
Tout blanc
Mais le monde est fermé quand même
Dans un écran
On voit bouger les hommes,
Les femmes
Les enfants
Dans un écran
Mais quelqu’un joue là-bas
Tire le manche vers le bas
Les choses vont et viennent
S’allument et s’éteignent
Et sont heureuses et saignent
Interminablement
Sur cet écran
Sur cet écran

Pas d’avenir
Pas de passé
Pas la moindre raison de vivre
Aucune raison d’exister
Pas d’avenir
Pas de passé non plus
Mais d’une rive à l’autre
Faut traverser
Ne jamais regarder
Par la vitre arrière
Les lézards allongés
Sur les bancs de pierre
Les buffles ensablés
Le long des rivières
Les tempes dégagées
Les cheveux
Les cheveux en arrière,
Les tempes dégagées
Les cheveux
Les cheveux en arrière,
Regarde et voit passer ténèbres,
Regarde et voit passer ténèbres
Ténèbres et lumières
Regarde et voit passer ténèbres,
Regarde et voit passer ténèbres
Ténèbres et lumières

Mauvais Karma
Et depuis dix mille ans
La trace d’un doigt
Qui pousse la roue
La roue de la loi
Claque la porte et tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble

Pas d’avenir
Non, pas de passé
Mais où sont les routes
Les routes effacées
Que sont devenues toutes
Nos pensées ?
Ce monde va sans doute
Se briser
Que sont devenues
Toutes nos vies passées
Les marches sur lesquelles
On a tous dansé
Nos actes, nos gestes, nos pensées ?
Dans la peau de qui
De qui se sont enfoncées
Dans la peau de qui
De qui se sont enfoncées
Regarde et voit passer ténèbres
Regarde et voit passer ténèbres
Ténèbres et lumières,
Regarde et voit passer ténèbres
Regarde et voit passer ténèbres
Ténèbres et lumières

Mauvais Karma.
Au fond d’un verre
La trace d’un doigt
Comme un visage
Qui te ressemble
Claque la porte et tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble

Mauvais Karma
Et depuis dix mille ans
La trace d’un doigt
Qui pousse la roue
La roue de la loi
Claque la porte et tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble
Tremble

Claque la porte et…




Les enfants des tours

Il faudra bien qu’on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours
Sur les trottoirs, sous les néons
Ceux qu’on ramasse dans les cartons
Où sont les vastes terrains vagues
Tout est silence
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Que seuls les chiens restent
Au fond des cours
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Il faudra bien qu’on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours
Sur les trottoirs, sous les néons
Ceux qu’on ramasse dans les cartons
Où sont les vastes terrains vagues
Tout est silence
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Plus d’importance
Qu’on est devenu sourd
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
On leur met le collier

Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France
J’y pense maintenant
Puisque ça n’a plus cours
Plus d’importance
Qu’on est devenu sourd
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
N’ont plus la moindre chance
Que l’on avait hier
Et que les écoliers
Pareil aux écolières
N’ont plus la moindre chance




Chambres d’Asie

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d’Asie
Papier des murs des chambres des hôtels moisis
Chevelures des rideaux déchirés, des néons tristes
Et plus rien d’autre pour te prouver que tu existes
Et plus rien d’autre pour te prouver que tu existes
Non, plus rien d’autre pour te prouver que tu existes

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d’Asie
Papier des murs des chambres des hôtels moisis
Chevelure immobile et chaude des longues nuits
Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit

Chambres d’Asie
Retournes-y
La nuit le jour
Murs moisis
Peau de velours

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d’Asie
Papier des murs des chambres des hôtels moisis
Chevelure immobile et chaude des longues nuits
Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit

Chevelure des rideaux tirés des fenêtres closes
Le reflet dans les glaces des murs des corps qui reposent
Bruit des clés des barreaux des portes de fer
Le couloir allumé le jour et la nuit comme en en enfer

Comme en enfer
Mais comment faire
Retournes-y quand même
Murs moisis
Où l’on te dit qu’on t’aime

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d’Asie
Papier des murs des chambres des hôtels moisis
Souvenir inutile et triste des longues nuits
Et mordre dans les draps des chambres d’Asie
Comme on mord dans un fruit

Chambres d’Asie
Retournes-y
Un jour ou l’autre
Emmènes-y
La peau d’un autre

Papier des murs des chambres des hôtels moisis
Chevelure immobile et chaude des longues nuit
Et mordre dans les draps des chambres d’Asie
Comme on mord dans un fruit

Chevelures des fenêtres fermées
Papier des murs des chambres
Chevelure immobile et chaude
Draps mouillés de tous les cris

Chevelure des rideaux tirés des fenêtres closes
Le reflet dans les glaces des murs
Bruit des clefs des verrous des barreaux
Les couloirs allumés les jours et la nuit
Papier des murs des chambres






Deux voiles blanches

Et l’aube amène la pluie, la brume
Dans l’eau du port brille la lune
Un sac posé sur une dune
Et dans les tasses, le café fume
Oublie les folies, les rancunes
La mer est remplie d’algues brunes
Avec le temps, les gestes meurent
Et rien ne reste, rien ne demeure
La femme, la fille, le garçon pleurent
Il va s’en aller tout à l’heure

Y aura toujours deux voiles blanches sur la mer
Quelque part n’importe où à l’autre bout de la terre
Y aura toujours deux voiles blanches voiles rondes

Et l’aube amène la pluie, la brume
Les hommes ont les cheveux qui fument
Comme des chevaux couverts d’écume
La mer est remplie d’algues brunes
Ouvre les fenêtres une à une
Au comptoir du café des dunes
Avec le temps les gestes meurent
Y a plus de soleil, y a plus de couleurs
La femme, la fille, le garçon pleurent
Il va s’en aller tout à l’heure

Y aura toujours deux voiles blanches sur la mer
Quelque part à l’horizon à l’autre bout de la terre
Y aura toujours deux voiles blanches voiles rondes
Quelque part à l’horizon à l’autre bout du monde




Est-ce ainsi que les hommes meurent ?

Depuis bien longtemps déjà, j’ai cessé d’écrire
Cesser de lever les yeux, cessé de relire
Dans le parc devant la grille, les hommes arrivent
Et juste une trace de pas le long des rives
Juste une trace de pas le long des rives

Depuis bien longtemps
Je ne dirige plus les musiciens
Depuis bien longtemps
Laissé pendu l’habit de magicien
Dans le parc devant la mer
Les robes blanches
Enfants fragiles comme du verre
Jouent sous les branches
Enfants fragiles comme du verre
Jouent sous les branches

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

Depuis bien longtemps déjà j’ai cessé de vivre
De toucher du bout des doigts la tranche des livres
Dans le parc devant la rive des bruits étranges
Un bruissement d’aile lumières cheveux des anges
Le bruissement des ailes les lumières les cheveux des anges

Depuis bien longtemps déjà le seul souvenir
D’une miette de vie encore que je respire
Dans le parc devant l’allée le vide immense
Le bruit des pas sur le gravier de mon enfance
Bruit des pas sur le gravier les ombres dansent

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum au loin demeure
Et leur parfum au loin demeure

LUMIERES - 1984



Pochette du 33 tours « Lumières », un des rares 33 tours de Manset a avoir été repris en CD sans modification et le seul à avoir même survécu à toutes les compilations ! Réédité en CD en 1985 (identique au 33 tours), en 1995 puis en 1999, etc…

Lumières
Que deviens-tu ?
Finir pêcheur
Vies monotones
Entrez dans le rêve
Un jour être pauvre

Quel titre pour l’album le plus noir du chantre des lassitudes, de la morosité et du désespoir déclinés discrètement au quotidien. Ici plus d’échappatoire car «nous avons des vies monotones…», alors pourquoi ne pas en parler, au risque de sombrer... Le risque, Gérard Manset le prend en débutant l’album avec «Lumières», un titre d’une dimension exceptionnelle tant dans la durée(11’55’’) que dans sa conception de morceau pop lancinant, traversé et transcendé par une chorale d’enfant qui lui donne un cachet solennel et ambitieux. Ce titre révèle également une construction hypnotique utilisée tout au long de l’album. En effet, sur le plan de la composition Manset introduit la boucle comme nouvel outil musical. Que ce soit dans la répétition du thème principal, dans «Lumières», ou dans l’unique mesure rythmique sur laquelle repose le morceau «Que deviens-tu», ces choix renforcent l’aspect planant habituellement porté par la voix…
Et comme si cela ne suffisait pas, c’est dans cet album que l’on trouve «Entrez dans le rêve». Morceau magique, titre incontournable de l’œuvre de Manset, que l’on retient parmi ses meilleurs, véritable plongée au cœur des années 80 new-wave, taillé dans le roc, avec un texte d’une très grande qualité poétique. Un joyau! On pourra aussi citer le très intime «Nous avons des vies monotones» (un piano, une voix) ou «Un jour être pauvre» avec un arrangement à l’harmonica (unique en son genre dans toute sa discographie). « Lumières », considéré comme l’un des tous meilleurs albums de Gérard Manset, si ce n’est le meilleur, se situe au plein cœur de son œuvre. C’est par excellence l’album à écouter. Des musiques et des textes qui nous font penser, réfléchir, rêver, et cela de manière intemporelle.
Samuel Bodart.

Lumières

Mais où sont passées
Où sont passées les lumières
Qui nous guidaient?
Peut-être étions nous
Peut-être étions nous trop fiers
Pour baisser la tête

Le monde a tourné
Le monde a tourné sans nous
Sans nous attendre
Les ténèbres sont
Ténèbres sont partout
Couvertes de cendres

Mais souviens-toi que
Souviens toi que l'on s'aimait
Que l’on s’aimait quand même
Nous étions si jeunes
Z’étions si jeunes et si fiers
Comment le dire
Nous avons perdu
Nous avons perdu la lumière
L'étoile
Qui caressait nos
Caressait nos paupières
Tout m'est égal
Et quand même
On se souvient
On se rappelle
De quelque chose
Qu'on pose
Près du lit
D'une lumière
D’une lumière
Qui brillait la nuit
D’une lumière
Qui brillait la nuit

Mais où sont passées
Où sont passées les lumières
Qui nous guidaient?
Devenus statues
Devenus statues de pierre
Qu'avons nous fait?

Les instants comme des
Instants comme des clous de fer
Qu'on enfonce
Et rien que le bruit
Rien que le bruit de la mer
Pour seule réponse

Souviens-toi, c'était
Souviens-toi, c'était hier
Mais aujourd'hui,
Le lion secoue sa
Le lion secoue sa crinière
Peur de la nuit
Gratte le fond de la
Gratte le fond de la rivière
Où il venait boire
Nous avons perdu
Nous avons perdu la lumière
Nous sommes dans le noir
Et quand même
On se souvient
On se rappelle
De quelque chose
Qu'on pose
Près du lit
D'une lumière
D’une lumière
Qui brillait la nuit
D’une lumière
Qui brillait la nuit

Mais où sont passées
Où sont passées les lumières
Qui nous guidaient?
Le lion secoue sa
Le lion secoue sa crinière
A chaque coup de fouet

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux de fer
Sans illusion
Derrière les barreaux
Derrière les barreaux de fer
De sa prison

Le lion secoue sa
Le lion secoue sa crinière
Chaque coup de fouet
Derrière les barreaux
Derrière les barreaux de fer
De sa prison

Le lion secoue sa
Le lion secoue sa crinière
Chaque coup de fouet
Derrière les barreaux
Derrière les barreaux de fer
De sa prison

Le lion secoue sa
Le lion secoue sa crinière
Chaque coup de fouet
Derrière les barreaux
Derrière les barreaux de fer
De sa prison


Que deviens-tu ?

Millions de vies cachées dans des maisons de tôle
Fourmi portant le monde sur tes épaules
Qui plie mais ne rompt pas comme le saule
Fourmi portant le monde sur tes épaules

Maisons châteaux, murs de sable, murs de vent
Souffle de l'avenir nous soulevant
Comme une feuille d'arbre pourrissant
Jaune et dorée sous le soleil couchant

Comme un chien qui s'est tût
Et toi que deviens-tu?
Je te demande: que deviens-tu?
Je te demande: et toi, que deviens-tu?

Maisons châteaux, murs de sable, murs de vent
Cristal taillé plus pur que le diamant
Qui devient sous nos doigts sable tout simplement
Sable dans nos paupières nous endormant

Comme un film s'arrête
Et toi que deviens-tu?
Je te demande: et toi que deviens-tu?
Je te demande: et toi que deviens-tu?

Maisons châteaux, murs de sable, murs de vent
Souffle de l'avenir nous soulevant
Comme une feuille d'arbre pourrissant
Jaune et dorée sous le soleil couchant

Comme un chien qui s'est tût
Et toi que deviens-tu?
Je te demande: et toi, que deviens-tu?
Je te demande: et toi, que deviens-tu?


Finir pêcheur

Un jour, finir pêcheur
Parce que ça grandit l'homme
Heureux comme ça
Pas gagner plus d'argent
Le matin, me lever
Pas connu, pas guetté
Parce que ça, ça fait mal
Ça fait mal à l'homme
La célébrité
Finir dans l'eau salée
Juste savoir compter
Vider le sablier
Puis tout oublier
Parce que ça grandit l'homme
De vivre sans parler
De vivre sans paroles
Et d'apprendre à se taire
Regarder sans rien faire
Regarder sans voir
Les enfants qui dansent
Au bord du miroir

Mais c'est toujours trop loin
Toujours dans le noir
Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Et c’est toujours trop loin

Un jour, finir quand même
Que personne s'en souvienne
L'écrive ou le dise
Vider sa valise
Brûler les journaux
Les tapis, les photos
Sans rien vouloir apprendre
Pour que les enfants sachent
Qu'on va quelque part
Quand on oublie tout
Qu'on oublie les coups
Qu'on déplie, qu'on secoue
Que la folie s'attrape
Qu'on déchire la nappe
Maladie tout à coup
Que tu portes à ton cou
Comme un collier de fleurs
De larmes et de couleurs

Un jour, finir pêcheur
Mollusque divin
Peau de parchemin
Mais c'est toujours trop loin
A portée de la main
Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Mais c'est toujours trop loin

Un jour, finir meilleur
Tuer le mal de l'homme
Se libérer de tout
Prendre dans la mer
Les coraux, les vipères
Et tout ça dans la main
Sans lumière et sans gaz
Et sans barbe qu'on rase

Un jour, finir pêcheur
Avaler le compteur
Regarder sans voir
Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu'elle est loin, la terre
Qu'elle est loin, la terre

Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu'elle est loin, la terre
Qu'elle est loin, la terre
Le calendrier

Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu'elle est loin, la terre
Qu'elle est loin, la terre


Vies monotones

Nous avons des vies monotones
Rien dans le coeur, rien dans la main
Comme on ne dit plus rien à personne
Personne ne nous dit plus rien

Nous avons des vies monotones
Des maisons vides et fermées
Des portes lourdes et blindées
Que n'ouvriront plus jamais personne

Mais comme il faut quand même qu'on vive
S'asseoir avec le même convive
C'est pas le festin qu'on croyait
Pas de fusée, pas de vin, pas de sorbet
Y'a plus qu'à tirer la nappe à soi
Continuer chacun pour soi
Nous avons des vies monotones
Rien dans le coeur, rien dans la main
Comme on n'attend rien de personne
On n'a plus réponse à rien

Nous avons des vies monotones
Entourés d'hommes et de chiens
Ceux qui mangent dans notre main
Ce sont ceux-là qu'on abandonne

Mais comme il faut quand même qu'on vive
Ce soir avec le même convive
C'est pas la fête qu'on croyait
Où sont les lumières qui brillaient ?
Y'a plus qu'à tirer la nappe à soi
Continuer chacun pour soi

Nous avons des vies sans mélange
Qui s'en iront de tous côtés
Raides et droites comme une planche
Sur l'océan de pauvreté

Mais comme il faut quand même qu'on vive
Ce soir avec le même convive
C'est pas le festin qu'on croyait
Pas de fusée, pas de vin, pas de sorbet

Y'a plus qu'à tirer la nappe à soi
Continuer chacun pour soi

Entrez dans le rêve

Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve
Reprendre la vie des autres où on l'a laissée quand le jour s'achève
Voir les couleurs, voir les formes
Enfin marcher pendant que les autres dorment
Voir les couleurs, voir les formes
Les villes sont des villes bordées de nuit
Et peuplées d'animaux qui marchent sans bruit
Toujours, dans votre dos, la peur vous suit
Toujours, dans votre dos, la peur

Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve.
Allumez l'écran merveilleux quand le jour s'achève
Retrouver l'amour blessé
Au fond du tiroir où on l'avait laissé
Retrouver l'amour blessé
Découper le monde à coup de rasoir
Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
La vie n'est pas la vie de ce qu'on nous fait croire
La vie n'est pas la vie.
Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir alors

Ramenez le drap sur vos yeux
Entrez dans le rêve
Reprendre la vie des autres où on l'a laissée quand le jour s'achève
Retrouver l’amour blessé
Celui qu’on avait jamais pu vraiment laissé
Retrouver l’amour blessé
Découper le monde à coup de rasoir
Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
Pour voir au coeur du fruit le noyau noir
La vie n’est pas la vie
La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir
Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire
Mieux vaut le drap du désespoir alors
Ramenez le drap sur vos yeux, entrez dans le rêve
Allumez l'écran merveilleux quand le jour s'achève

Entrez dans le rêve
Entrez dans le rêve
Entrez dans le rêve


Un jour être pauvre

Un jour, être pauvre, détaché de tout
Sans pleurer de rien, sans rire de tout
Comme un enfant qui repose
Dans la vérité des choses
S'écarter de tout
Sortir, se tenir debout
Comme un enfant sort du ventre et hurle
S'écarter de tout

Un jour, être pauvre, détaché du reste
De l'autre coté du mur, pas le moindre geste
Pas la moindre trace de haine
Pas la moindre trace de fêlure
Trace de brûlure
Le moindre sentiment d'oubli
De l'autre coté du mur
Pas la moindre trace de fêlure
Trace de brûlure
Le calme au fond du lac

Un jour, être pauvre sur un quai désert,
Être un bateau vide, tout le monde à terre
Comme un enfant qui repose
Dans la vérité des choses
S'éloigner de tout, apprendre
A tenir debout
Sur la mer immense et douce, apprendre
A tenir debout

Pas la moindre trace de haine
Pas la moindre trace de fêlure
Trace de brûlure
Le moindre sentiment d'oubli
De l'autre coté du mur
Pas la moindre trace de fêlure
Trace de brûlure
Le calme au fond du lac

Un jour, être pauvre, détaché du reste
Sans pleurer de rien, détaché de tout

mercredi 15 juillet 2009

MANSET – 1982



Pochette du coffret de trois 33 tours réunissant des chansons extraites des albums de "Il voyage en solitaire" à "Comme un guerrier" est paru en 1982 (Pathé EMI, 2C 164 72654/5/6 PM 632) initialement avec un livret comprenant une photo inédite de Marc Charruel et l'ensemble des textes des chansons. Pour cette édition, le coffret possède un fond et un couvercle qui sont séparés.
Ce coffret sera réédité en 1984 avec pour titre « Trio » incluant une reproduction partielle des textes et des étiquettes classiques sur le rond central au lieu des étiquettes "photos d'Asie", en couleur, de l'édition originale. « Trio » marqué sur la tranche et au dos. Pour cette réédition de 1984, le fond et le couvercle seront réunis en fourreau. La fin du titre « Marchand de rêves » y sera différente de celle de l'album de 1982 (la durée est plus longue, alors que pour l'album, Manset avait "shunté" plus tôt ce titre).

1. Y’a une route
2. Il voyage en solitaire
3. Les vases bleues
4. Cheval cheval
5. Les îles de la sonde
6. La mer n’a pas cessé de descendre
7. La neige est blanche
8. Royaume de Siam
9. Manteau rouge
10. 2870
11. C’est un parc
12. Marchand de rêves
13. Caesar (en latin)
14. Quand les jours se suivent
15. Le jour où tu voudras partir
16. La mer rouge
17. L’enfant qui vole
18. Le masque sur le mur
19. Comme un guerrier
20. Le pont
21. Le train du soir

1, 2 et 11 sont tirées de « Y’a une route ».
3 et 4 sont tirées de « Rien à raconter ».
5, 9 et 18 sont tirées de « L’atelier du crabe ».
6-8 et 15 sont tirées de « Royaume de Siam ».
10 et 20 sont tirées de « 2870 ».
12, 14 et 21 sont tirées de « Le train du soir ».
13 est tirée du 45 tours du même nom sorti en 1971.
16, 17 et 19 sont tirées de « Comme un guerrier ».

COMME UN GUERRIER - 1982



Pochette du 33 tours «Comme un guerrier». Cet album sera réédité en CD en 1988 sans « Toujours ensemble », « Maubert » et « Pour un joueur de guitare ». « Toujours ensemble » et « Pour un joueur de guitare » seront remixés pour être incluses dans une des quatre compilations sorties en 1999, « Le train du soir 1981-1985 ». « Maubert » ne sera jamais réédité en CD.

Comme un guerrier
La mer rouge
L'enfant qui vole
Toujours ensemble *
Maubert *
La route de terre
Pour un joueur de guitare *
L'épée de lumière

Après la chanson-titre épique, Manset alterne les styles avec des morceaux comme l'ironique « La Mer Rouge », les énergiques « L'Epée de lumière » et « Maubert » ou le poignant « L'Enfant qui vole. » Le chanteur au visage flouté sur la pochette ne se montrera plus sur ses disques (photos de dos ou visage largement censuré).

Christophe Dufeu

Comme un guerrier

Comme un guerrier
Qui perd son bras
Son œil au combat
A chercher le choc
Fendre le roc
Comme un guerrier qui tombe
Un pied dans la tombe

On se fait mal
Et sifflent les balles
Le vent, la mitraille
Le pont, les rails
Dessous la rivière
Rapide et fière
Rapide et fière

Une barque t’attend
Et l’indienne est dedans
Avec ses cheveux noirs
Ses dents d’ivoire
On a rien à se dire
Ensemble, on va fuir
Ensemble, on va fuir

Comme un guerrier,
Le crâne bandé
Qu’a plus qu’une heure à vivre
Sur la toile du sac
Au fond du hamac
Quand la fièvre monte
C’est comme un guerrier qui raconte sa vie

Nous prendrons nos fusils
Marcherons sur l’Asie
Afin de voir s’ils sont heureux
Afin de voir s’ils sont heureux

Comme un guerrier
Condamné, condamné
Le crâne rasé
Sous la pluie, l’averse
Y a le pont qui traverse
Dessous la rivière
Rapide et fière

La barque t’attend
Et l’indienne est dedans
Avec les fusils
De la poudre et du plomb
Et y a le garçon blond
Qu’on traîne avec soi
Malgré ses cheveux de soie

Nous prendrons nos fusils
Nous savons nous battre aussi
Afin de voir s’ils sont heureux
Afin de voir s’ils sont heureux

Comme un guerrier
Qui perd son bras
Son œil au combat
Mais quand tu t’éveilles
Que tu vois la bouteille
La lampe brisée
Sous la moustiquaire

Alors, t’as perdu la guerre
Et l’indienne est partie
Elle a jamais vu la mer
Tu lui avais promis
Elle en a marre de la misère
Elle voulait voir les lumières
Elle voulait voir les lumières de la ville

Comme un guerrier
Condamné, condamné
Avec son œil de verre
Mangé par les vers
Percé de flèches empoisonnées
Condamné, condamné
Avec les ailes brisées

Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce sera la dernière fois

Sur la grande rivière
Le paradis sur la Terre
T’as l’indienne qui court
Qui hurle à l’amour
Aux pierres et aux ronces
Y’a pas de réponse
Y’a pas de réponse

Alors, tu te sens si vieux
La main devant les yeux
Le mal te guette
Sous le million d’étoiles
Tu pleures
Tu pleures sur le sac de toile

La mer rouge

Si tu t’ retournes dans ta tombe
T’entends la monnaie qui tombe

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Où tu pêchais les perles de nacre
On trouve des vieux clopes, des pneus Dunlop
Y’en a qui font la Mer Rouge en stop

Au fond des volcans, plus de lave
Au fond des barques, plus d’esclaves
Où tu pêchais les perles roses
Du soir au matin, y a les jets qui s’ posent
Au milieu des massifs de fleurs qu’on arrose

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Au fond de l’eau, y’a plus rien qui bouge
Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Où sont les secrets de la Mer Rouge?
Où sont les secrets de la Mer Rouge?

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Où tu pêchais les perles rares
Des ploucs installent leur planche à voile
Pour faire un pique-nique sous les étoiles

Moi-même, un jour, j’ai voulu
Tout vérifier, j’ai tout vu
J’ai tout lu, parcouru, l’étendue
J’ai rien reconnu

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Où tu pêchais les perles de nacre
Juste à la même place, y’a un palace
On t’ sert ton whisky sur de la glace

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Au fond de l’eau, y’a plus rien qui bouge
Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred
Mon pauvre Henri, mon Fred
Où sont les secrets de la Mer Rouge?
Où sont les secrets de la Mer Rouge?

On trouve des vieux clopes
Des pneus Dunlop
Si tu t’ retournes dans ta tombe
T’entends la monnaie qui tombe


L’enfant qui vole

J’ai suivi l’enfant qui vole
Au-dessus de la sciure
Pour elle, pas d’école
Pas de chaussures
Quand les feuilles tombent
Le cheval s’arrête
Et le nain, triste
Allume le bord de la piste

J’ai suivi l’enfant qui vole
Qui cambre les reins
Debout dans la camisole
Le maillot de satin
Quand le matin vient
Qu’elle quitte la piste
Que le nain, triste
L’emmène

J’ai suivi l’enfant qui glisse
Au-dessus des visages
Rêvé de son ventre lisse
Comme un coquillage
Quand le matin vient
Qu’elle quitte la piste
Que le nain, triste
L’emmène


Toujours ensemble *

On se parlera toujours ensemble
On se comprendra toujours ensemble
Toutes les journées se ressemblent
On s’ennuiera toujours ensemble
On sera triste toujours ensemble
On sera gai toujours ensemble
Et si le ciel a la voix qui tremble
On restera quand même ensemble
Et si le ciel a la voix qui tremble
On s’endormira quand même ensemble
On s’envolera vers les nuages
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux de la cage
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux

On s’envolera vers les nuages
On n’emmènera pas de bagages
Adieu la Terre, dernier voyage
Dans l’azur, le grand virage
On s’envolera toujours ensemble
On quittera les marches du temple
Et si le ciel a la voix qui tremble
On s’endormira quand même ensemble
Et si le ciel a la voix qui tremble
On restera quand même ensemble
On s’envolera vers les nuages
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux de la cage
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux

On s’envolera vers les nuages
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux de la cage
On pourra briser les barreaux
Les barreaux, les barreaux


Maubert *

Tout à l’heure, en prenant le métro
Un homme était couché sur le dos
Avec un casque, entouré de clodos
Ça sentait l’urine
On voyait des mecs assis comme dans une vitrine
Alors j’ai dit : « Marque donc sur le mur
Comment tu t’appelles
Et les raisons pour lesquelles
T’en as marre de voir tout ça
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois
D’années de siècles à tirer »

Tout à l’heure, en prenant le métro
J’ me disais qu’on était tous égaux
Comme des harengs qu’on sort de son frigo
De l’autre côté du quai j’ voyais des mecs plantés
Tous debout comme des laquais
Alors j’ai dit : « Marque donc sur le mur
Comment tu t’appelles
Et les raisons pour lesquelles
T’en as marre de voir tout ça
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois
D’années, de siècles à tirer »

Je pars tout seul en avant avec petit Robert
Rendez-vous tout à l’heure à Maubert
Si on se perd en route, bye-bye quand même
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m’aimes
Dis-moi que tu m’aimes

Et chaque jour en prenant le métro
J’ me dis qu’on est tous pareils
Et qu’ ça fait froid dans l’ dos
De l’autre côté du quai
De l’autre côté du quai
De l’autre côté du quai
On trouve pas plus de soleil et pas plus de monnaie
Alors j’ai dit : « Marque donc sur le mur
Comment tu t’appelles
Les raisons pour lesquelles
T’en as marre de voir tout ça
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois, D’années, de siècles à tirer »

Je pars tout seul en avant avec petit Robert
Rendez-vous tout à l’heure à Maubert
Si on se perd en route, bye-bye quand même
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m’aimes

Je pars tout seul en avant avec petit Robert
Rendez-vous tout à l’heure à Maubert
Si on se perd en route, bye-bye quand même
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m’aimes
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m’aimes
Dis-moi que tu m’aimes


La route de terre

Quand tu descendras de ta maison
Faite de bois, de terre ou de joncs
Au bout du monde, au pays de lumière

Ferme les yeux, pense à la chanson
Qu’il te chantait au bout du monde
Dans le vent, la poussière

Sur cette route de terre
Qui fait le tour de la terre
Sur cette route où y a jamais d’hiver
C’est par là qu’il reviendra
Prendra l’enfant dans ses bras
Prendra l’enfant dans ses bras

Quand tu descendras de ta maison
Vois le soleil monter sur l’horizon
Eclairer le monde, dans le vent, la poussière

Compte les jours, compte les saisons
Il reviendra, y a pas de raison
Du bout du monde, debout dans la lumière

Sur cette route de terre
Qui fait le tour de la terre
Sur cette route où y a jamais d’hiver
C’est par là qu’il reviendra
Prendra l’enfant dans ses bras
Prendra l’enfant dans ses bras

Sur cette route de terre
Qui fait le tour de la terre
Sur cette route où y a jamais d’hiver
C’est par là qu’il reviendra
Prendra l’enfant dans ses bras
Prendra l’enfant dans ses bras


Pour un joueur de guitare *

On l’assoit sur un banc, sous un saule
Quelqu’un l’a pris par l’épaule
Une petite flaque au fond de ses yeux bleus
Il pleurait tout à l’heure, ça va mieux
Il semblerait quand même aller un peu mieux
Il sort un paquet de Gauloises bleues

Maintenant il pleut plus, le ciel est gris
Il va rentrer tout à l’heure chez lui
De sa chambre, en haut, on voit tout Paris
Il va s’ laisser tomber sur son lit
Il essaiera de plus penser à rien
Pourtant tout de même, il comprend pas bien

Tu sais, pour un joueur de guitare
L’amour, il vaut mieux qu’ ça vienne plus tard
Sans ça, ça peut donner comme un coup d’ cafard
On se réveille un matin, c’est trop tard

Il ne comprend pas bien où est le problème
Il voulait simplement qu’elle l’aime
Alors si y a même plus d’amour sincère
Qu’est-ce qui va rester sur la Terre?
Qu’est-ce qui va rester sur la Terre demain
Pour nous les pauvres musiciens?

Alors il s’assoit devant son miroir
Il change les cordes de sa guitare
Il pense qu’il vaut mieux que ça vienne plus tard
L’amour, pour un joueur de guitare
En fait il a même plus de goût à rien
Il se demande ce qu’il va faire demain

Tu sais, pour un joueur de guitare
L’amour, il vaut mieux qu’ ça vienne plus tard
Sans ça, ça peut donner comme un coup d’ cafard
On s’ réveille un matin, c’est trop tard

Pour elle, il aurait pu jouer toute la vie
Maintenant il en a plus la moindre envie
Il regarde l’horizon, les toits de Paris
Il pense qu’il faut gagner sa vie

Pour elle, il aurait pu jouer


L’épée de lumière

Chanson pour mon manteau
Ce que je porte sur le dos
Ce qui me fait rêver
Sans quoi je ne suis rien

Chanson pour mon manteau
Sa vie, c’est pas un cadeau
Dans les couloirs de métal
La porte grande ouverte sur le pont de cristal
Et je porte avec moi
Sur le côté droit
Le crayon
L’épée de lumière
Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi
Le crayon
L’épée de lumière
Le canon
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes

Chanson pour mon manteau
Ce que je porte sur le dos
Comme un tank
La tête dans les épaules

Chanson pour mon manteau
Sa vie c’est pas toujours drôle
Dans les couloirs de métal
Aveugle et sourd quand la voix vous parle
Et je porte avec moi, sur le côté droit
Le crayon,
L’épée de lumière
Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi
Le crayon
L’épée de lumière
Le canon
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes
Qui sert aux hommes

LE TRAIN DU SOIR - 1981



Pochette du 33 tours « Le train du soir ». Ce 33 tours a failli sortir en CD. A la place, il n'a sauvé que « Le train du soir », « Quand les jours » et « Marchand de rêves ». Cherchez l'erreur...
« Quand les jours se suivent », « Le train du soir » et « Marchand de rêves » ont été rééditées sur le CD « Comme un guerrier ». Ils sont également sortis en 1999 sur une compilation de deux CDs intitulée « Le train du soir 1981-1985 ».
« Les loups », « Pas de nom » et « Pas mal de journées sont passées » sont passées à la trappe et ne sont pas sorties en CD à ce jour.

Le train du soir
Quand les jours se suivent
Les loups *
Pas de nom *
Marchand de rêves
Pas mal de journées sont passées *


Le train du soir

Pour tous ceux qui n’ont plus de raison de vivre
Qu’ils s’assoient sur le trottoir
Il reste le train du soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans le noir

Y’a le train qui roule dans le noir
Comme un chien qui pleure dans un couloir
Et moi je pense à toi, et je pense

Et y’a le train qui roule dans le noir
Comme un boulet de feu dans ma mémoire

Pour tous ceux qui n’ont plus de femme, plus de maison
Plus de raison d’y croire
Il reste le train du soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire

Y’a le train qui roule dans la nuit
Comme un chien qui pleure dans un taudis
Et moi je pense à toi, et je pense

Et y’a le train qui roule dans le noir
Comme un boulet de feu dans ma mémoire
Et moi je pense à toi, et je pense
Et je pense

Et y’a le train qui roule dans le noir
Comme un boulet de feu dans ma mémoire

Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire

Et y’a le train qui roule dans le noir
Comme un magicien dans son habit noir
Qui crache le feu
Qui crache le feu

Comme tous ceux qui ont tout perdu, plus d’espoir
J’ai pris mon billet ce soir
Pour le train du soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire.

Y’a le train qui roule dans le noir
Comme un chien qui pleure dans un couloir
Et moi je pense à toi, et je pense

Et y’a le chien qui roule dans le noir
Et personne m’attendra ce soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire

Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire

Roule, roule
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire


Quand les jours se suivent

Quand les jours se suivent
Quand il faut les vivre
En entier, sans rien omettre
Sans oublier de mettre
Ce qu’il faut d’amour
D’humanité
De risque, de richesse ou de pauvreté
Quand les jours se suivent
Quand il faut les vivre
Comme des bêtes qui tirent le soc
Dont les cornes s’entrechoquent

Alors je dis : « Si ces jours
Sont des jours d’amour,
Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours
Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours »

Quand les jours se suivent
Quand il faut les vivre
En entier, sans rien omettre
Sans oublier de mettre
Ni le poivre et le sel
Des jours les plus noirs
Ni le sucre et le miel
Des jours d’espoir
Quand les jours se suivent
Comme dans les pages
Les pages d’un livre
Quand il faut toujours
Toujours les compter
Comme les pions
Sur le bord de l’échiquier

Alors je dis : « Si ces jours
Sont des jours d’amour
Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours
Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours »

Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours
Peut-être, ça vaut la peine
De les vivre toujours
Quand les jours

Comme des bêtes qui tirent le soc
Dont les cornes s’entrechoquent
Quand les jours se suivent
Quand il faut les vivre
Comme des bêtes qui tirent le soc
Dont les cornes s’entrechoquent
Comme des bêtes qui tirent le soc
Dont les cornes s’entrechoquent
Comme des bêtes qui tirent le soc
Quand les cornes s’entrechoquent


Les loups *

Dans une rue de Londres
Un museau sort de l’ombre
Et l’enfant qui rentre chez lui
Raconte ce qu’il a vu

Je marchais dans la rue,
Dans la rue, dans la rue
Quand je les ai vus
Tous pareils
De longues oreilles
Le poil rayé comme des abeilles

C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
A leur coup, pas de collier
Pas de montre à leur poignet
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
Venus du bout du monde
Et leurs poches sont pleines de bombes

Je marchais dans la ville
Dans la ville, dans la ville
Quand je les ai vu
Longue file
Plus de dix mille
Les crocs luisants comme des fossiles

C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
A leur coup, pas de collier
Pas de montre à leur poignet
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
Avec eux, y’a jamais de fin
Viennent toujours quand ils ont faim

Le soir quand tu t’endors
Tu t’endors, tu t’endors
Pense encore
Qu’ils sont là, dehors
Leurs grands yeux d’or
Ils poussent des cris de plus en plus fort

C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
A leur coup, pas de collier
Pas de montre à leur poignet
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
Venus du bout du monde
Et leurs poches sont pleines de bombes

C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
A leur coup, pas de collier
Pas de montre à leur poignet
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
Avec eux y’a jamais de fin
Reviendront quand ils auront faim

C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups
C’est les loups


Pas de nom *

Tu t’en vas
Et tu n’as pas de nom
Pas de maison
Pas de ride au front
Tu t’en vas
Tu ne laisses rien
Et par endroit
Tu brûles l’herbe du chemin

Tout ce qui t’appartient
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le donner
Aux chiens

Et dans ton sac
Une vipère pleure
Un arbre craque
Le vent se lève à l’heure
Tout ce qui t’appartient
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le donner
Aux chiens

Tu t’en vas
Et tu n’as pas de nom
Pas de maison
Et pas de ride au front
Tu t’en vas
Tu n’en auras jamais
Mais souviens-toi
Souviens-toi de ce que t’es
Tout ce qui t’appartient
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le rendre
N’oublie pas de le donner
Aux chiens


Marchand de rêves

Marchand de rêves avec ta barque creuse
Entourée de femmes malheureuses
Marchand de rêves au bord du lac de sang
Y a plus personne debout quand le soleil descend
Et tous les enfants jaunes
Aux yeux de faune
Comme des ballons qui crèvent
Marchand de rêves

Marchand de rêves, va t’en plus loin encore
Jeter ta poudre dehors
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Au milieu des danseuses aux lèvres recourbées
On voit les ongles, les doigts de ceux qui sont tombés
De ceux qui sont tombés

Marchand de rêves au bord du lac de sang
Y a plus personne debout quand le soleil descend
Avec ta poudre rouge, tes yeux d’or, ta barque
Et les enfants qui bougent encore au fond du sac
Marchand de rêves, va t’en plus loin encore
Au fond des yeux fendus dans les yeux d’or
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor

Avec ta poudre rouge, tes yeux d’or, ta barque
Et les enfants qui bougent encore au fond du sac
Marchand de rêves, va t’en plus loin
Frappe plus fort dans un silence de mort
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor

Au milieu des danseuses aux lèvres recourbées
On voit les ongles, les doigts, de ceux qui sont tombés
De ceux qui sont tombés

Marchand de rêves, va t’en plus loin toujours
Avec ta barque sur la grève
Marchand de rêve, laisse tomber au fond du sac
Les têtes coupées qui chantent encore.
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues

Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Au milieu des danseuses aux lèvres recourbées
On voit les ongles, les doigts, de ceux qui sont tombés

Marchand de rêve, va t’en plus loin encore
Jeter ta poudre dans les yeux d’or
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor

Au milieu des danseuses aux lèvres recourbées
On voit les ongles, les doigts, de ceux qui sont tombés

Marchand de rêve, va t’en plus loin encore
Jeter ta poudre dans les yeux d’or
Y a plus personne debout dans les rues d’Angkor
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues
Y a plus personne debout dans les rues


Pas mal de journées sont passées *

Pas mal de journées sont passées
Depuis que l’on s’est quittés
Pas mal de journaux sont parus
Depuis que l’on s’est pas vus
Pas mal de chambres d’hôtel ont vu le jour
Pas mal de bombes et pas mal de discours
Pas mal de bombes et pas mal de discours

Pas mal de coupures de courant
Depuis que j’ai foutu le camp
Pas mal de présidents jetés
Depuis que je t’ai quittée

Ma petite fille
T’as les yeux qui brillent de plaisir
Tu sais pas quand ça va finir
Quand tu sortiras de l’enfance
Y aura plus d’Angleterre plus de France
Y aura plus d’Angleterre plus de France

Pas mal de monde sur le carreau
Depuis qu’on ne se dit plus un mot
Pas mal d’oxygène en moins
Depuis qu’on ne se dit plus rien

Ma petite fille
T’as les yeux qui brillent de plaisir
Tu sais pas quand ça va finir
Quand tu sortiras de l’enfance
Y aura plus d’Angleterre plus de France
Y aura plus d’Angleterre plus de France

Comme pas mal de bombes sont tombées
Je suis revenu te chercher
Le monde a rien perdu ni gagné
Mais dépêche-toi de t’habiller
On va partir ensemble à la voile
Plus loin que la lune et plus loin que les étoiles
Plus loin que la lune et plus loin que les étoiles

T’as les yeux qui brillent de plaisir
Tu sais pas quand ça va finir
Quand tu sortiras de l’enfance
Y aura plus de frigidaire, plus d’essence
Y aura plus de frigidaire, plus d’essence

Y’a pas mal de miracles, tu sais
Y reste plus qu’à prier
Pas mal de miracles, tu sais
Y reste plus qu’à prier

Y’a pas mal de miracles, tu sais
Y reste plus qu’à prier

L’ATELIER DU CRABE - 1981



Pochette du 33 tours « l’Atelier du crabe ». L’album en tant que tel n’existe plus. Les chansons qui le composent seront éparpillées à droite et à gauche au fil des rééditions en CD. «L’atelier du crabe» et «Il faut toujours se dire adieu» se retrouveront sur la réédition CD de «Comme un guerrier» en 1995. «Manteau rouge», «Le masque sur le mur» et «Les îles de la Sonde» se retrouveront sur le CD «Royaume de Siam». «Marin’bar» est sortie sur la compilation CD de 1999. «Les rendez-vous d'automne» et «Musique dans la tête», quant à elles, ne seront jamais rééditées.

L'atelier du crabe
Il faut toujours se dire adieu
Manteau rouge
Les îles de la sonde
Les rendez-vous d'automne *
Marin'bar
Le masque sur le mur
Musique dans la tête *

Sur la lancée de son prédécesseur, "L'Atelier du Crabe" creuse le sillon des influences de voyages ; on passera rapidement sur "l'autre tube" de Manset, "Marin' Bar" (plus profond cependant que sa musique un peu trop légère ne le laisse supposer) pour apprécier des "classiques" comme "Manteau Rouge" ou "Le Masque sur le mur" ou bien encore "Les Rendez-vous d'automne", inexplicablement écarté des rééditions futures.

Christophe Dufeu.

L’atelier du crabe

(…)

Il faut toujours se dire adieu

Il faut toujours se dire adieu
Et devant les jardins déserts
Se regarder partir,
Ramasser le mouchoir qui tombe à terre
Et tourner le dos.
Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu
Parce qu’on sait pas toujours
Quand l’avion se pose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Parce qu’on sait pas toujours
Quand l’avion se pose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose.

Il faut toujours se dire adieu
Et devant les arbres mouillés,
Se regarder comme on est
Et tourner le dos.
Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu
Parce qu’on sait pas toujours
Quand l’avion se pose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Parce qu’on sait pas toujours
Quand l’avion se pose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Et qu’on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose.

Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu.
Il faut toujours se dire adieu.


Manteau rouge

Puisqu’on m’a demandé de tenir son bras
Et de voir l’aiguille s’enfoncer
On n’a pas toujours de la chance
On se penche, on tombe, on avance

On enfile le manteau rouge
Et les arbres bougent et le ciel va tomber
On sait pas, demain, ce soir
Quel jour, quelle heure, ça va s’arrêter

On se cache, on rampe, on avale
On se donne du mal à tenir debout
On regarde en face, et le danger passe
Alors y a qu’à tendre le cou

De l’autre côté de la frontière
Où les bananiers sont tombés
On trouve des casques et des civières
Des jeeps, des brancardiers

On est tous pareils, on n’a rien d’autre à faire
Que d’écrire sur un bout de papier
La vie qu’on mène à l’autre bout de la terre
Pendant qu’on voit les bombes tomber

Mais, de l’autre côté de la rivière
T’as des hommes qui mangent des chiens
Des femmes qu’ont peur de la lumière
Qu’ont plus de lait dans les seins

On se dépêche, on arrive et on passe devant
Y a p’être quelque chose à voir
On s’arrête au bord du trou brûlant
Y’a quelqu’un qui vend à boire

On enfile le manteau rouge
Et les arbres bougent et le ciel va tomber
On sait pas demain, ce soir
Quel jour, quelle heure ça va s’arrêter.

On se cache, on rampe, on avale
On se donne du mal à tenir debout
On regarde en face, et le danger passe
Alors y a qu’à tendre le cou

Mais de l’autre côté de la frontière
Où les bananiers sont tombés
On n’a pas toujours de la bière
On se demande ce qui s’est passé

Mais, ferme les yeux, éteint la petite lumière
Qu’on se souvienne plus de rien
Ni des femmes tombées dans les rizières
Ni des enfants morts de faim

Un jour dans un fauteuil avec un cigare
Au bord de la Méditerranée
T’as des tas de gens qui viendront pour me voir
Pour me demander de raconter

Mais y aura rien de plus pourri que ma mémoire
Je saurai même plus compter
Ma vie sera plus qu’un grand trou noir
Avec des cadavres enterrés

On enfile le manteau rouge
Et les arbres bougent et le ciel va tomber
On sait pas, demain, ce soir
Quel jour, quelle heure, ça va s’arrêter

On se cache, on rampe, on avale
On se donne du mal à tenir debout
On regarde en face, et le danger passe
Alors y a qu’à tendre le cou

On enfile le manteau rouge
Et les arbres bougent et le ciel va tomber
On sait pas, demain, ce soir
Quel jour, quelle heure, ça va s’arrêter

On se cache, on rampe, on avale
On se donne du mal à tenir debout
On regarde en face, et le danger passe
Alors y a qu’à tendre le cou


Les îles de la sonde

T’as pas vu les îles de la Sonde
Les poissons volants qui retombent
Sur le fond de la barque ronde
T’as pas vu les îles de la Sonde

T’as pas vu les îles de la Sonde
Les femmes au sourire de Joconde
Comme au premier matin du monde
T’as pas vu les îles de la Sonde

Mais tu peux partir quand même
Y a des poissons qui t’emmènent
Poissons d’argent, poissons volants
Poissons de feu, poissons de glace
Poissons aux ongles qui cassent

Tu n’as pas vu les îles de la Sonde
Elles t’attendent à l’autre bout du monde
Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombre
Moitié dans l’eau, moitié dans l’ombre

Mais tu peux partir quand même
Y a des poissons qui t’emmènent
Poissons d’argent, poissons volants
Poissons qui plongent, poissons qui nagent
Poissons venus du fond des âges

Poissons aux longues chevelures
Dauphins bleus sur fond d’azur


Les rendez-vous d’automne *

Où sont passés les rendez-vous d’automne
Et le jour, la pluie, les enfants qui frissonnent?
Que sont devenus les rendez-vous d’automne
Les secrets, les gelées du matin, les jardins déserts?

Y’a des bras qui se tendent
Y’a des troncs qui se fendent
Et toi tu casses des briques
Tu te fous du jardin
T’as du sang plein les mains
Tu rêves de l’Amérique

Y’a des jours tu voudrais
Qu’on se dise des secrets
Qu’on se raconte des histoires
Qu’on envoie des bateaux
Sur des lacs en roseaux
Dans les jardins du soir

Que sont devenus les rendez-vous d’hiver,
Et le froid, l’enfant qui souffle dans ses doigts?
Que sont devenus les rendez-vous d’hiver,
Les barrières gelées, les lacs, les lunes neigeuses?

Y’a des jours t’en peux plus
Mais le cauchemar continue
Tu as le cœur qui bat tout le temps
Les fumées, les brouillards
Et les mains des vieillards
Qui caressent les enfants

Tu te souviens des allées
Des troncs des marronniers
Et des kiosques à musique
Dans le ciel tout là-haut
Tu regardes les oiseaux
Voler vers l’Amérique

Que sont devenus les rendez-vous d’automne
Et le vent, et le vent?

Y’a des bras qui se tendent
Y’a des troncs qui se fendent
Et toi tu casses des briques
Tu te fous du jardin
Tu as du sang plein les mains
Tu rêves de l’Amérique

Y’a des jours t’en peux plus
Mais le cauchemar continue
Tu as le cœur qui bat trop vite
Dans le ciel tout là-haut
Tu regardes les oiseaux
Voler vers l’Amérique
Voler vers l’Amérique
L’Amérique


Marin’bar

Elle mange des peaux de bambou
Vous lui avez parlé de vous
Puis dans un bungalow
Sur le mur y’a son vélo

Elle a pas peur des poissons
Ni des requins du lagon
Elle met ses dollars américains
Dans son maillot de bain

Elle mange du riz, des gâteaux
Fait tomber les noix de coco
Se lève à six heures du soir
Et va s’asseoir au Marin’bar

Elle ramasse des coquillages
C’est la plus belle, la plus sage
T’oublieras pas son visage
C’est la plus belle de la plage

Au Marin’bar
Si tu veux la voir
T’as plus qu’à t’asseoir
Au Marin’bar

Au Marin’bar
Elle est là tous les soirs
T’as plus qu’à t’asseoir

Quand elle est née, y’avais rien
Pas de soldats américains
Maintenant elle a des copains
Dans tous les hôtels du coin

Le soir elle rentre en voiture
Elle dort dans une couverture
Entre sa sœur et sa mère
Dans sa vie, y’a pas de mystère

Elle mange du riz, du poisson
Elle embrasse tous les garçons
Se lève à six heures du soir
Et va s’asseoir au Marin’bar

C’est la plus belle, la plus sage
Elle ramasse des coquillages
Tu n’oublieras pas son visage
C’est la plus belle de la plage

Au Marin’bar
Si tu veux la voir
T’as plus qu’à t’asseoir
Au Marin’bar

Au Marin’bar
Elle est là tous les soirs
T’as plus qu’à t’asseoir

Elle mange du riz, du poisson
Elle embrasse tous les garçons
Se lève à six heures du soir
Et va s’asseoir au Marin’bar

C’est la plus belle, la plus sage
Elle ramasse des coquillages
Tu n’oublieras pas son visage
C’est la plus belle de la plage

Au Marin’bar
Si tu veux la voir
T’as plus qu’à t’asseoir
Au Marin’bar

Au Marin’bar
Elle est là tous les soirs
T’as plus qu’à t’asseoir
Au Marin’bar


Le masque sur le mur

Il a tout vendu, tout donné
Dans la maison abandonnée
On entend ses pas résonner
Y a plus qu’une ampoule allumée
Y a plus qu’une ampoule

Et y a le masque sur le mur
Qui fait froid dans le dos
Qui fait froid dans le dos
Et y a le masque sur le mur
Qui dit jamais un mot
Qui dit jamais un mot
Non, qui dit jamais un mot
Qui dit jamais un mot

Il a tout vendu, tout donné
L’a juste gardé que son collier
Qui vient des Indes
La dernière page de son cahier
Tu peux pas lire, tout est rayé
Tu peux pas lire

Et y’a le masque sur le mur
Qui fait froid dans le dos
Qui fait froid dans le dos
Et y’a le masque sur le mur
Qui dit jamais un mot
Qui dit jamais un mot
Non, qui dit jamais un mot
Qui dit jamais un mot

Quand il est parti, là-bas
Il savait pas, savait pas
Qu’on en revient pas
On en revient pas

Il a tout donné, tout vendu
Y a qu’une photo qui reste pendue
Avec des femmes, des enfants nus
C’est là-bas qu’ils se sont connus
C’est là-bas qu’ils se sont

Et y’a le masque sur le mur
Qui fait froid dans le dos
Qui fait froid dans le dos
Et y’a le masque sur le mur
Qui dit jamais un mot
Qui dit jamais un mot
Qui dira jamais un mot
Qui dira jamais un mot

Quand il est parti, là-bas
Il savait pas, savait pas
Qu’on en revient pas
On en revient pas
On en revient pas
On en revient pas
On en revient pas


Musique dans la tête *

Tu as choisi de vivre comme un Jésus de bazar
Qui se laisse tomber dans les trous du hasard
Mais y’a plus de miracle, aujourd’hui c’est comme hier
T’es la même fourmi dans la même fourmilière

T’as choisi de vivre à l’écart des connards
Et de te taire, plus parler, pas bavard
C’est toujours la même histoire
Tu te cognes la tête au plafond
Comme quand tu portais des complets veston

Mais t’as la musique,
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
Dans la tête

Mais tu penses à quoi, t’as posé sur la table
C’est la photo d’un groupe minable
Y’a la radio qui passe, la voix d’un copain d’hier
Et tu te lèves, tu renverses ta bière

Mais t’as la musique,
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
Dans la tête

Dans le frigidaire, t’as la viande, t’as la bière
Y’a ton chien qui hurle à la grille
Mais y’a rien de changé, aujourd’hui c’est comme hier
Y’a ta femme qui pleure dans l’église

Et t’as la musique,
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
T’as la musique
Dans la tête

ROYAUME DE SIAM - 1979



Pochette du 33 tours « Royaume de Siam ». 'album sera réédité puis remixé en digital puis sorti en CD qui sera lui-même réédité (avec une autre pochette) avant d'être repris dans le digipack qui porte son nom... puis ressorti dans une nouvelle collection. Ca va, vous suivez toujours? Des huit titres qui composent cet album, Manset n’en gardera que cinq pour les réédition en CD et en rejettera trois : « Balancé », « Fini d’y croire » et « Seul et chauve ».

Royaume de Siam
Balancé *
La mer n'a pas cessé de descendre
Quand tu portes
La neige est blanche
Fini d'y croire *
Le jour où tu voudras partir
Seul et chauve *

Royaume de Siam est l’album-type de la signature Manset: un concentré de petites chansons simples et efficaces. Ici l’unité est plus flagrante que sur les autres albums : pas de titre extravagant ou trop long, pas d’expérience d’orchestration qui nous plongerait dans une autre ambiance le temps d’un titre, mais seulement un ensemble cohérent, homogène. Un travail d’orfèvrerie et de simplicité. Quatre titres : «La mer n’a pas cessé de descendre», «Quand tu portes», «La neige est blanche» et «Le jour où tu voudras partir» forment le noyau dur de cet album. Quatre chansons simples, dont Manset dira pour certaines que ce sont peut-être les plus belles de son répertoire parce qu’elles ont été composées rapidement, presque d’un trait.
L’autre facette de l’album, c’est l’exotisme et le goût des voyages. L’attachement pour l’Asie que Gérard Manset dévoile au grand public pour la première fois à travers les photos de la pochette et le titre de l’album… Royaume de Siam fait parti des albums de référence de la discographie Manset. Les titres ont été réédités plusieurs fois, dispersés sur les multiples compilations sorties en cd, sauf «Balancé», «Fini d’y croire» et «Seul et chauve».

Samuel Bodart

« De tous mes disques, c'est " Royaume de Siam " que je préfère, rien à reprendre, rien à retoucher. Cela implique des années de création derrière soi autant qu'un avenir possible. C'est donc le point milieu d'une carrière, tout du moins d'une vie artistique, c'est parfait... Parfait. Mais Il n'y a pas que des trucs parfaits dans cet album. Par exemple dans « Le jour où tu voudras partir », le play back ne me plait pas; Mais c'était comme ça. »

Paroles & musique - 1986

Royaume de Siam

Je t’ai vu dans une rue, assise
Avec ton enfant sous ta chemise
Les épaules nues couvertes d’or
Pour plaire à ton Dieu, tu danses encore
La rivière coule au pied du temple de l’aurore

Personne ne pleure ni ne se plaint
La nuit les rues sont chaudes, les enfants jouent
Avec leur grands yeux sans paupières
Leur peau bronzée, leur ventre clair
La rivière coule au pied du grand Bouddha de pierre.

Royaume de Siam
Chemin qui mène au peuple heureux
Royaume de Siam
Celui qui voit le monde par tes yeux
Celui-là peut-être, il peut être heureux

Je t’ai vu dans la cité étrange
Porte du ciel, ville des anges
Avec l’amour, la liberté
Mange la mangue et boit le thé
Ta rivière coulera sans s’arrêter

Royaume de Siam
Chemin qui mène au peuple heureux
Royaume de Siam
Celui qui voit le monde par tes yeux
Celui-là peut-être, il peut être heureux

Je t’ai revu dans la rue, assise
Avec ton enfant sous ta chemise
Les épaules nues couvertes d’or
Tu danses toujours, tu danses encore
La rivière coule au pied du temple de l’aurore

Royaume de Siam,
Chemin qui mène au peuple heureux
Royaume de Siam
Celui qui voit le monde par tes yeux
Celui-là peut-être, il peut être heureux

Celui qui voit le monde par tes yeux
Celui-là peut-être, il peut être heureux

Balancé *

Au fond de ma poche,
Des clefs, de la monnaie
Celui qui s’approche
Se doit de tout connaître

Tu m’as vidé les poches
Pris tout ce que j’avais
Tu vises à coup de pioche
La main que je te tendais

Tu m’as lancé, tu m’as lancé
Tu m’as lancé la pierre

Tu m’as lancé, tu m’as lancé
Tu m’as balancé, balancé
Balancé, balancé dans le fossé
Balancé dans le fossé

Tout l’amour se donne
Même si tout te fait fuir
C’est le monde et les hommes
Mais dans ton gant de cuir
Y’a le clou qui fait mal
L’épine qu’on retire
Tu te venges comme tu peux
Avant de partir

Alors tu m’as lancé
Tu m’as lancé, tu m’as lancé
La pierre

Alors tu m’as lancé, tu m’as lancé
Tu m’as balancé, balancé
Balancé, balancé dans le fossé
Balancé dans le fossé

Chacun a son heure
On peut s’endormir
Mais ce qui te fait peur
C’est dans ton gant de cuir
Voir le jour se lever
Sur le fond de ton navire
La seule chose dont t’es sûre
C’est que la guerre va finir

Alors tu peux lancer
Tu peux lancer, tu peux lancer
La pierre
Alors tu peux lancer, tu peux lancer
Balancer
Alors tu peux lancer, tu peux lancer
Tu peux lancer la pierre

Balancé
Balancé
Balancé


La mer n’a pas cessé de descendre

La mer n’a pas cessé de descendre
Après le goût du sel, goût de cendre
La mer n’a pas cessé de descendre
Après le feu de joie, c’est la cendre
Et le vent n’a pas cessé de gémir
La pluie de tomber, le bois de pourrir
Non, le vent n’a pas cessé de gémir
Au lieu de se taire, de s’endormir

Alors le mal n’a pas cessé de grandir
La pluie de chanter, le ciel de rire
J’avais ton cœur à portée de la main
Toujours le même par le même chemin
Et ton visage sur l’horizon
Toujours le même à vouloir avoir raison
Toujours le même à vouloir avoir raison
Oui, le même à vouloir avoir raison

La mer n’a pas cessé de descendre
Les yeux de pleurer, les bras de se tendre
Non, la mer n’a pas cessé de descendre
Il faut de l’eau pour éteindre la cendre
Et le vent n’a pas cessé de gémir
Dans la gorge de celui qui va mourir
Non, le vent n’a pas cessé de me dire
Y a plus rien dans le filet que tu tires

Alors le mal n’a pas cessé de grandir
Le jour de tomber, le ciel de noircir
Maintenant y a trop d’eau, on ne peut plus revenir
La mer me pousse, la mer me tire
Oui, y a trop d’eau entre nous
L’eau des larmes du collier de ton cou
L’eau des larmes du collier de ton cou
L’eau des larmes du collier de ton cou

La mer n’a pas cessé de descendre
Après le goût du sel, goût de cendre
Elle est si loin qu’on ne peut plus l’entendre
Et je commence aujourd’hui à comprendre
Elle est si loin qu’on ne peut plus l’atteindre
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre


Quand tu portes

Quand tu portes sur tes épaules
Le fardeau
Le plus beau
Quand ta main tremble
Parce qu’il il te ressemble
Quand tu sais que c’est lui
Qui pleure au cœur de la nuit
Quand tu te lèves
Brûlant de fièvre
Que ta main tremble
De savoir qu’il te ressemble
Tu sais que dans ses veines
Le sang est le même
Le sang est le même quand il coule
C’est le long tapis de ta vie qu’on déroule

Quand tu sais que c’est lui
Qui pleure au cœur de la nuit
Quand il tousse
Dans son lit de mousse
Quand il t’appelle
Que, toujours tu te rappelles
Souviens toi que c’était lui
Fragile au cœur de la nuit
Et quand un jour
Du haut d’une tour
Tu le verras partir
Comme tout le monde sans rien dire


La neige est blanche

A force de se regarder
Ne pas comprendre, ne pas s’aimer
Vraiment, le temps nous est compté
Vraiment, le temps nous est compté

Alors, puisque le mal est fait
Que le trou grandit, le lit défait
Chacun se regarde, chacun se tait
Chacun se regarde, chacun se tait

C’est un homme dont le corps se penche
Comme un arbre mort, il tend ses branches
Mais le froid est là, la neige est blanche
Mais le froid est là, la neige est blanche
La neige est blanche
Le froid est là, la neige est blanche

Il s’en va demain
Continue sa route
Tout le long de son chemin
Chaque pas lui coûte
Pour se détacher de toi, coûte que coûte
Pour se détacher de toi, coûte que coûte

C’est un homme dont le corps se penche
Comme un arbre mort, il tend les branches
Mais le froid est là, la neige est blanche
Mais le froid est là, la neige est blanche
La neige est blanche
Le froid est là, la neige est blanche

Toi qui nous quittes pour ce pays là
Où tu dis que les gens sont beaux
Que veux-tu de plus que tu n’as pas ?
Que veux-tu de plus que tu n’as pas ?

C’est un homme dont le corps se penche
Comme un arbre mort, il tend les branches
Mais le froid est là, la neige est blanche
Mais le froid est là, la neige est blanche
La neige est blanche


Fini d’y croire *

Quand j’étais jeune, je croyais aux rêves
Dans la vie d’un homme, je voyais couler la sève
Je voyais couler

Puisque qu’on me donne le moyen d’y croire
La vie d’un homme, ça doit mener quelque part
Quelque part, loin, loin, loin
Mener loin, loin, loin

Quand j’étais jeune, je tombais du lit
Y’avait personne, voilà le bout aussi
Voilà le bout

Puisqu’on me laisse le moyen d’y croire
Un chien sans sa laisse, ça doit mener quelque part
Quelque part, loin, loin, loin
Mener loin, loin, loin

Ce temps là, c’est loin, c’est fini d’y croire
L’horizon lointain, devenu le bout
Devenu le bout, le bout du couloir
L’horizon lointain
Tout ça c’est loin, j’ai fini d’y croire


Le jour où tu voudras partir

Il n’y aura plus de trains dans les gares
Le jour où tu voudras partir
Au milieu d’enfants endormis
Dans les jardins, dans les lits

Il n’y aura plus d’avions dans les airs
La ville sera comme un désert
Rien que des enfants enlacés
Pour t’empêcher de passer

En attendant que les incendies
Et le bruit de ville s’éteignent
Tu mettras de l’eau sur le front
De ceux que tu aimes et qui saignent
Au milieu d’enfants endormis
Et d’oiseaux tombés du nid

Il n’y aura plus de fleurs sur les tables
L’enfant posera son cartable
La tête dans les mains pour pleurer
Il t’entendra t’éloigner

Il faudra bien qu’un jour,
Tu te souviennes
De cette ville qui fut la tienne
Avec ses enfants endormis
Sur le marbre des fontaines

En attendant que les incendies
Et le bruit de ville s’éteignent
Tu mettras de l’eau sur le front
De ceux que tu aimes et qui saignent
Au milieu d’enfants inconnus
Et de loups, de chiens perdus

Il faudra bien qu’un jour,
Tu te souviennes
De cette ville qui fut la tienne
Avec ses enfants endormis
Sur le marbre des fontaines

En attendant que les incendies
Et le bruit de ville s’éteignent
Tu mettras de l’eau sur le front
De ceux que tu aimes et qui saignent
Au milieu d’enfants endormis
Et d’oiseaux tombés du nid

Au milieu d’enfants endormis
Et d’oiseaux tombés du nid


Seul et chauve *

Un matin sans crier gare
Je tomberai dans un couloir
Tu passeras sans me voir
Sans un geste sans un regard
Vers le reste
Ce qui me reste après moi
Ce qui me restera

Un matin sans importance
Je serai là sans connaissance
Tu t’en iras dans l’autre sens
Vers le vide, le silence
Vers le reste
Ce qui me reste
Ce qui me restera
Ce qui me reste
Ce qui me reste

Un matin sans importance
Je serai là, sans connaissance
Tu t’en iras dans l’autre sens
Vers le vide, le silence
Vers le reste
Ce qui me reste après moi
Ce qui me restera

Seul et chauve
Que rien ne me sauve
Plus jamais
Plus jamais
Plus jamais
Plus jamais